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Asie du Nord-Est - Chine

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L'ASSOCIATION PATRIOTIQUE DES CATHOLIQUES CHINOIS [ Bulletin EDA n° 249 ]

16/09/1997 - par (Traduction de l'italien : Daniel Demongeot)

Quarante ans après les événements

Il y a quarante ans, la capitale chinoise voyait naître l'Association patriotique des catholiques chinois, organisme dont tout croyant hors des frontières chinoises est bien peu familier, s'il n'y est pas totalement étranger. Ceux qui vivent à l'intérieur de ces frontières sont en revanche obligés de compter continuellement avec cette association dans leur vie de tous les jours.

Les 241 délégués convoqués à Pékin pour l'assemblée qui allait fonder l'Association patriotique avaient passé plus de quinze jours dans le climat torride de l'été pékinois, discutant des propositions qui, apparemment, provenaient du groupe "promoteur" de cette idée. Il semblait absolument nécessaire, et désormais inévitable, de créer un nouvel organisme pouvant exercer, à l'intérieur de l'Eglise, une tâche dont le besoin ne s'était jamais fait sentir auparavant. L'institution ecclésiale a toujours dû, par la force des choses, entretenir des rapports avec les autorités civiles et a toujours trouvé en son sein les personnes qui se chargeaient de ces relations. Il n'était donc jamais apparu nécessaire de créer un organisme ad hoc pour maintenir des contacts avec les autorités civiles et traiter des questions relatives à ce niveau spécifique, ni de le revêtir d'une autorité ecclésiale effective.

En revanche, l'insistance mise sur la création de cet "organisme de liaison" entre l'Eglise et l'Etat avait fait surgir une grande perplexité chez de nombreux catholiques qui ne considéraient pas seulement la nécessité effective de la création d'un tel organisme mais qui mettaient surtout en doute ses objectifs. Le langage, peu familier et encore moins adapté, pour exprimer des réalités que les catholiques ressentaient comme dangereusement proches des points centraux de la foi, posait problème. La fermeture de presque toutes les églises du pays "en raison disaiton alors de la réforme agraire", et jamais plus rouvertes par la suite, ne facilitait pas le climat de dialogue et soulevait même des suspicions bien légitimes. La disparition, au cours des dernières années, de nombreux croyants évêques, prêtres, religieux et religieuses, laïcs dont on ne devait plus rien savoir, était par ailleurs préoccupante.

L'idée même de l'"Association" était une vieille histoire qui avait traîné pendant pratiquement sept ans. Personne n'en parlait ouvertement, mais chacun des participants était convaincu qu'à la fin, pour permettre sa création, le nouveau régime avait eu recours à des méthodes de persuasion très expéditives : l'assassinat d'un grand nombre de prêtres et de laïcs considérés comme des "réactionnaires" ou "contrerévolutionnaires" parce qu'ils n'étaient pas en accord avec la ligne officielle, la disparition dans les prisons de nombreuses personnes, la terreur pour ceux qui voyaient se dessiner chez les autres l'éventualité de leur propre destin. Malgré cela, beaucoup étaient bien décidés à ne pas abandonner la partie et à défendre ce qui ressemblait au dernier et plus important - lambeau de liberté de l'Eglise.

Cette défense n'eut qu'une valeur symbolique. La fondation de l'Association, en un premier temps, puis l'ordination des évêques sans mandat apostolique devinrent une donnée de fait. Les nombreuses circonstances qui entourèrent ces deux gestes ne sont toujours pas clairement connues aujourd'hui et un certain nombre de zones d'ombre demeurent.

Après avoir obtenu sa création pour être un instrument privilégié de contrôle, l'Eglise et l'Association s'acheminèrent, avec le reste du pays, vers les années noires de la Révolution culturelle, chargées de drames et de souffrances indicibles, que le Parti luimême définira par la suite comme la "grande catastrophe nationale".

A la fin des années 70, l'Association reprit vie, elle aussi, se présentant toujours davantage comme la "patronne" effective de l'Eglise catholique en Chine. Sa présence provoqua un conflit dans l'organisation de l'Eglise, car la majorité des catholiques n'acceptait pas et n'accepte toujours pas d'épouser la foi et la pratique religieuse imprégnées d'une idéologie et d'une bureaucratie qui proclamaient et qui proclament encore la volonté d'extirper toute religion du tissu de la vie nationale. De fait, Pékin ne fait pas mystère de ne "permettre" une certaine liberté dans le domaine religieux que dans le but d'accélérer l'extinction de la religion ellemême.

Il faut également ajouter que, dans de nombreux cas, des membres de l'Association ont su et savent encore jouer intelligemment un double jeu, sans toucher à l'intégrité de la foi. Il est toutefois important de mettre en relief la perfidie institutionnelle et constitutive que l'Association patriotique porte en elle, depuis sa fondation jusqu'à nos jours.

Les pages qui suivent évoqueront les événements qui conduisirent à sa fondation, il y a quarante ans, et elles s'arrêteront à cette date.

Pourquoi rappeler ces événements si lointains ?

La réponse est déjà contenue dans la question : pour ne pas oublier et pour comprendre. Pour ne pas oublier les énormes souffrances imposées à des hommes et à des femmes en raison de leur foi, les terribles humiliations auxquelles tant de gens furent soumis et les attentats à leur dignité. Un mal immense pour lequel le régime n'a pas encore présenté ses excuses. Enfin, pour comprendre l'histoire dans laquelle bon nombre de nos frères et soeurs dans la foi se sont trouvés impliqués, immergés qu'ils étaient dans une réalité d'Eglise bien particulière. Toute histoire contient des éléments positifs qui doivent être découverts et appréciés avec une profonde attention : ce sont eux qui peuvent permettre d'arriver à cette réconciliation à laquelle le Pape JeanPaul II a invité l'Eglise tout entière, et pas seulement les croyants de la République populaire.

Le texte qui est proposé ici est expressément et étroitement fidèle aux rapports les plus sérieux de l'époque (les années 50). L'histoire a, depuis lors, démontré qu'ils correspondent bien à ce qui fut la vérité des événements.

INTRODUCTION

Quarante ans après la date où, dans un hôtel de Pékin, fut fondée l'Association patriotique des catholiques chinois, il est possible de faire une lecture plus complète des événements qui marquèrent cette époque et d'y déchiffrer le dessein et les objectifs que les dirigeants du Parti communiste d'alors s'étaient fixés et qu'ils comptaient atteindre à travers sa création. Les événements de 1957 éclairent la réalité d'aujourd'hui, bien que celleci apparaisse complexe et confuse.

Considérée dans la perspective d'un laps de temps de plus de quatre décennies, on ne peut pas ne pas admettre que ce plan était habile et que, conduit avec une patience méticuleuse et avec constance, il a produit des fruits raisonnablement bons du point de vue de l'action du Parti qui avait lancé cette initiative. Je dis "raisonnablement bons" et avec certaines raisons : comme à leurs débuts, ces résultats demeurent essentiellement précaires et sans âme, car produits par une volonté de manipulation et de contrainte pas toujours très bien voilées. Les "fruits" la structure patriotique de l'Eglise officielle en Chine ne sont pas le produit d'une pensée théologique ou d'un souffle spirituel des croyants. A chaque pas, on s'aperçoit de leur caractère forcé. Ces "fruits" sont prêts à disparaître dès que les circonstances de temps et de lieu le permettront. Ce n'est pas un hasard si les appels à "renforcer" le rôle de l'Association, que les dirigeants ne perdent jamais une occasion d'adresser à la partie la plus docile de l'Eglise, sont devenus constants.

La "structure" patriotique de l'Eglise officielle qui est en Chine est exactement l'élément qui à la fois la caractérise et dénote sa faiblesse intrinsèque. Car c'est une structure que le régime a imposée et impose toujours contre l'Eglise catholique, suivant ainsi un plan constant et méticuleux. C'est encore cette structure qui fait d'elle un instrument docile aux mains du régime. Mais c'est précisément cette structure qui la rend suspecte à beaucoup et inacceptable à tant d'autres. C'est elle qui nourrit la situation de conflit avec l'Eglise universelle et avec le Siège de Pierre. Cette structure est à l'origine de la cassure qui est allée en s'approfondissant au sein de l'Eglise qui est en Chine et qui divise les croyants entre croyants officiels et non officiels, patriotiques et clandestins, dociles aux exigences du régime et fermement intransigeants sur les positions pleinement catholiques.

De façon étonnante, cet élément structurel (que le Parti n'a jamais voulu discuter, et sur lequel il n'a jamais fait quelque concession ou compromis que ce soit) est un aspect largement ignoré et totalement sousévalué. On observe les choses d'une manière superficielle et tout semble être tranquille. Mais les "mines" sont constamment actives, très proches des fondations ecclésiales.

La structure officielle de l'Eglise en Chine

Ce n'est qu'à distance de quatre décennies qu'il est possible de la cerner clairement. Les différents morceaux du puzzle se sont lentement mis en place, construisant le scénario que l'on connaît aujourd'hui. Il n'y manque plus que le dernier acte. Sans entrer dans les détails, qu'il serait laborieux de décrire, nous pouvons résumer comme suit la structure officielle de l'Eglise à l'intérieur des frontières chinoises.

La "plus haute autorité" réside dans la Conférence nationale des représentants catholiques chinois, convoquée tous les cinq ans (1). Les évêques reconnus comme tels par le régime en font partie, ainsi que les plus hauts fonctionnaires au niveau national de l'Association patriotique des catholiques (APC) et les représentants élus par les circonscriptions ecclésiastiques parmi les prêtres, les religieuses et les laïcs. La cinquième Conférence s'est tenue du 15 au 19 septembre 1992 (2). La Conférence des représentants a pour tâche d'élire tous les responsables (3) du Collège des évêques chinois et de l'Association patriotique.

L' Eglise catholique est officiellement décrite comme étant "indépendante et autonome" (art. 2 des statuts du collège épiscopal). Officiellement, aucun lien n'est prévu entre l'Eglise officielle et l'Eglise universelle et aucun rôle n'est explicitement reconnu au successeur de Pierre. La nomination des évêques (élus en principe par les différentes circonscriptions ecclésiastiques) relève de la compétence du Comité permanent du collège des évêques qui donne son feu vert à l'ordination épiscopale (en lieu et place de la bulle papale). Ce collège, "sur des questions importantesdoit rencontrer et discuter "avec les responsables de l'APC" (4). Ce texte ne spécifie pas quelles sont les questions devant être considérées comme importantes.

Comment en eston arrivé à créer cette structure ? Quels ont été les moments importants et les pas accomplis qui ont conduit l'Eglise en République populaire de Chine à la situation actuelle ?

L'Eglise catholique à la veille de la "libération"

Un rapide coup d'oeil sur la réalité de l'Eglise catholique en Chine à la veille de la "libération" communiste à la fin des années 40 nous aidera à mieux situer les événements décrits ci-après et à en comprendre la portée. Nous nous en remettons pour cela à l'Annuaire ecclésiastique publié régulièrement à Shanghai (5).

Le 11 avril 1946, le pape Pie XII, en érigeant la hiérarchie catholique sur le continent chinois, accomplissait un geste clairement historique. L'acte du pape, replacé dans le contexte de son époque, avait été d'une certaine façon très courageux. Il constituait l'aboutissement d'étapes difficiles et surmontait des obstacles provenant des milieux politiques qui avaient intérêt à conserver une certaine tutelle sur l'Eglise, ainsi que de certains milieux ecclésiastiques qui craignaient de perdre les privilèges de leurs congrégations. Le SaintSiège décidait ainsi de passer par dessus ces positions retranchées, répétant pratiquement le geste accompli au début des années 20 lorsqu'il envoya son propre délégué apostolique en Chine en dépit de fortes résistances.

Depuis la Constitution apostolique "Quotidie Nos" et les interventions successives du Siège apostolique, l'Eglise en Chine, en 1949, était divisée en 20 provinces ecclésiastiques, avec 20 archevêques, 83 évêques et 35 préfets apostoliques. Il fallait y ajouter les sièges de Hongkong, Macao et Taiwan, non inclus dans ces chiffres.

Parmi ceuxci, les Ordinaires chinois étaient au nombre de 266. Seize diocèses et sept préfectures apostoliques étaient confiés au clergé séculier, tandis que trois diocèses étaient confiés à des membres chinois de congrégations religieuses. La lecture de ces chiffres nous amène à une autre considération. L'acte de Pie XII, bien que providentiel, arrivait un peu en retard. L' Eglise avait à coup sûr connu des lenteurs dans son évolution vers davantage d'indigénisation, lenteurs imputables à une vaste gamme de raisons qu'il n'y a pas lieu de discuter ici.

A Nankin, résidait un internonce : Mgr Antonio Riberi était le troisième de la série, après Celso Costantini (19221933) et Mario Zanin. La délégation apostolique était devenue internonciature en juillet 1946.

Les catholiques étaient plus de trois millions, avec presque 200 000 catéchumènes, servis par 5 788 prêtres (dont 2 698 Chinois) et par 7 463 religieuses (dont 5 112 étaient chinoises). On comptait 924 étudiants en philosophie et en théologie se préparant au sacerdoce dans les 17 grands séminaires (et plus de 3 000 séminaristes en formation dans les petits séminaires). 26 ordres ou congrégations se voyaient confier des territoires de mission, tandis que 13 autres sociétés masculines apportaient leur aide dans les diverses circonscriptions sans être rattachées à un territoire particulier. Les congrégations féminines qui travaillaient en Chine étaient au nombre de 60.

Les catéchistes, hommes et femmes, se comptaient par centaines. Plus d'un millier de "vierges", femmes qui ne prononçaient aucun voeu particulier, consacraient leur vie au service de l'Eglise. Plus de 320 000 jeunes étudiaient dans les 4 446 écoles, petites et grandes, disséminées sur cet immense territoire. Il y avait aussi trois universités catholiques (Aurore de Shanghai, Fu Jen de Pékin et Tinku de Tianjin). L'Eglise dirigeait encore 254 orphelinats, 216 institutions de santé (de nombreuses maisons de soins et des hôpitaux) et 781 dispensaires, ainsi que des internats. Il y avait également plusieurs imprimeries catholiques et des publications nombreuses.

Les sources d'information

C'est au cours de la première décennie d'expérience du communisme réel que l'on trouve les prémisses et les causes des événements à venir. La documentation en la matière est imposante, mais hélas elle n'est ni très précise ni très sérieusement documentée. Les informations étaient souvent déduites ou supposées, le flux des nouvelles étant placé sous un ferme contrôle gouvernemental. Les lettres et le matériel imprimé connaissaient de grosses difficultés de circulation ; sur le plan intérieur, c'était une opération qu'il fallait à tout prix décourager; à l'extérieur, peu de choses filtraient. La diaspora chinoise a été pendant presque 30 ans la source d'informations la plus constante.

A l'intérieur de la République populaire de Chine, les sources officielles sont abondantes et "sûres". Pour les événements importants, les dépêches de l'Agence Chine Nouvelle ont presque toujours été factuelles. Le "pouls" de la situation était toutefois fourni par de nombreux articles parus dans le Quotidien du Peuple et dans d'autres publications du régime et par une abondante production de fascicules qui s'en prenaient de préférence au pape.

A l'extérieur, en dépit de toutes les difficultés des premières années de la révolution, les informations, leur classification et leur lecture ont été importantes aussi et ont constitué une masse imposante.

En 1948, le mensuel China Missionary Bulletin (CMB) était publié à Shanghai et apportait des informations sur ce qui se passait dans les différents diocèses. Publié à Hongkong à partir du numéro de juin 1949, il changea de nom en 1954 pour devenir le "Mission Bulletin". En 1961, toujours à partir de Hongkong, le titre devint "Asia", mais à la fin de l'année, sa parution cessa. La rubrique "Mission Chronicle" avait désormais perdu son contenu puisqu'on ne pouvait plus parler des missions spécifiques sur le continent chinois.

Une autre source d'informations très précieuses, constantes et précises sur ce qui arrivait aux catholiques dans l'empire de Mao Zedong était le Bulletin de la Société des Missions Etrangères de Paris (BMEP). A partir de janvier 1953, un missionnaire français expulsé de Chengdu (Sichuan), quelques mois auparavant, écrit dans cette revue. La signature du P. Léon Trivière deviendra la garantie d'une documentation précise, en particulier à partir de juillet 1957, lorsqu'il commence à publier régulièrement ses articles dans BMEP, avec la série intitulée "L'Eglise catholique en Chine continentaleLorsqu'il conclut cette série, en février 1961, le P. Trivière aura écrit plus de 500 pages très denses d'informations uniques, ainsi que de nombreux articles apparus ailleurs.

Pendant ce temps, à la fin du mois d'août 1953, débutait la publication, à Hongkong, de "China News AnalysisDans ses rendezvous hebdomadaires, devenus ensuite bimensuels, le P. Lazlo Ladany, S.J., apportait systématiquement des informations sur la réalité chinoise. Bien que se consacrant surtout à l'observation des transformations socio-politiques qui se manifestaient en République populaire, le P. Ladany ne manquait pas d'informer les lecteurs sur ce qui se passait dans le domaine religieux.

A Saïgon, au SudVietnam, dans les années 60, un témoin d'exception apporta sa contribution en écrivant des articles réguliers sur "L'Eglise en Chine dans les années cinquante", réunis par la suite dans un volume publié à Hongkong en octobre 1966 sous le titre "Zhongguo Dalu Tianzhujiao Zhenxiang". Ce témoin était Tomaso Zhang, frère de Mgr Vito Zhang, évêque de Xinyang (Henan). Ce livre disparaît presque tout de suite des librairies, entièrement acheté par ceux qui ne voulaient pas que "le linge sale de l'Eglise de Chine" soit lavé en public. Tomaso avait pris part, à Pékin, en 1957, à la rencontre interminable d'où était sortie l'Association patriotique; il était donc en mesure de révéler des détails parfois déconcertants. Tomaso Zhang a été le seul témoin de ces événements qui sortit des frontières de la République populaire de Chine.

Parmi les publications plus tardives et précieuses pour les informations fournies, il faut signaler l'ouvrage controversé de Louis Wei Tsingsing, "Le SaintSiège et la Chinepublié à Paris en 1968 (Editions A. Allois).

Plus tard, dans les années 80, une fois la Chine redevenue accessible de l'extérieur, de nombreux détails jusque là inconnus sont apparus. Ils ont été racontés par les participants à cette assemblée, personnages de premier plan dans l'Eglise de l'époque dont certains finirent en prison ou dans des camps de travail pendant des décennies, tandis que d'autres furent poussés en avant dans de nombreuses circonstances grâce à ces événements. Ils ont dit beaucoup de choses.

Les pages qui suivent entendent retracer brièvement les événements de ces premières années de coexistence entre le nouveau régime et l'Eglise catholique d'alors, en laissant "parler" à nouveau la voix de ceux qui les vécurent en première ligne, telle qu'elle nous est parvenue et qui fut confirmée par les événements qui suivirent.

La politique religieuse entreprise par le Parti communiste n'est pas née autour d'une table. Ses responsables, bien que désenchantés par la religion en général et les rites et célébrations en particulier, avaient toutefois grandi dans un milieu qui les avait rendus familiers des modalités spécifiques selon lesquelles le bouddhisme et le taoïsme jouaient spécialement leur rôle. Les chefs révolutionnaires avaient grandi au sein d'une société où le sens religieux qu'il soit ou non critiquable et critiqué avait une place reconnue.

Mais précisément parce qu'ils avaient été euxmêmes d'une certaine manière des produits de ce milieu socioreligieux, ils connaissaient très bien ses failles, ses inadaptations et son incapacité à conduire le pays, audelà de la crise et de l'effondrement des institutions, vers la modernité.

Dans la ferveur de ces années caractérisées par l'inquiétude et la recherche de méthodes visant à transformer la Chine, la religion (quelle qu'elle soit) fut considérée comme responsable des problèmes du pays, précisément parce qu'elle faisait depuis toujours partie du système et qu'elle était l'un des principaux éléments ayant entraîné l'effondrement des institutions civiles.

Cependant, les chefs révolutionnaires, malgré leur attitude fondamentalement hostile à l'égard de la religion, conservaient d'elle et de ses rapports avec le pouvoir politique l'image traditionnelle fournie par le bouddhisme et par le taoïsme dans le contexte chinois. Leurs interventions successives porteront l'empreinte du seul milieu qui leur était familier et qu'ils connaissaient bien.

I - LE PARTI COMMUNISTE CHINOIS

HERITIER D'UNE ANTIQUE TRADITION

Contrôle des temples et du monachisme

Jusqu'à la chute de la dynastie Qing, en 1911, le contrôle administratif des religions était une des fonctions réservées au ministère du Culte (Li Pu), une des six branches de l'administration centrale de l'empire. Une de ces fonctions consistait précisément à concéder l'approbation officielle pour la construction des temples, des monastères et des sanctuaires.

Il était établi que "la construction privée de temples et de monastères" était strictement interdite. "Toute violation de cette disposition par les prêtres bouddhistes et taoïstes est passible de cent coups de bâton, suivis de la réduction à l'état séculier et le confinement dans une garnison des frontières ; cette violation par des moniales est en revanche passible de la réduction à l'esclavage dans des familles de hauts fonctionnaires" (9).

L'efficacité effective de ces injonctions légales reflète le degré de contrôle du gouvernement sur un aspect important de la vie religieuse du peuple. "Au début de la dynastie Qing, au XVIIème siècle, il existait 12 482 monastères et temples fondés par décret impérial contre 64 140 érigés sans approbation officielle. 84% d'entre eux existaient donc sans permis officiel du gouvernement, contre toute disposition des autorités" (10).

Il existait d'autres types de contrôle, efficaces. Qu'un temple ou un monastère ait été ou non officiellement approuvé, ses adeptes (quand il y en avait) étaient sujets à un autre ensemble de contrôles. Le premier était l'approbation nécessaire à travers un document officiel d'autorisation du ministère du Culte, selon une coutume qui remontait au Xème siècle et qui est demeurée en vigueur jusqu'à la période républicaine. Ce document d'approbation faisait état de privilèges comme "l'exemption de la conscription militaire, du travail forcé et de la surveillance de la police" (11). Ces normes, si elles étaient enfreintes, prévoyaient aussi le retour de l'intéressé à l'état séculier.

Une seconde règle requérait qu'à la mort d'un prêtre bouddhiste ou taoïste son certificat soit renvoyé aux autorités compétentes. Par ailleurs, durant sa vie, après l'âge de quarante ans, on lui reconnaissait le droit de préparer et de former un seul novice, destiné à lui succéder.

De cette manière, l'Etat était en mesure de contrôler l'accès aux charges religieuses qui comportaient l'exercice de l'autorité. Il conservait la possibilité de retirer l'autorisation d'exercer les fonctions du ministère cultuel, et limitait le nombre de ceux qui accédaient à ces charges. "L'application de ces règles a toujours été scrupuleusement suivie par les fonctionnaires religieux, et les autorités compétentes les ont fait respecter, jusqu'aux temps modernes" (l2).

Une autre règle parvenue jusqu'à l'époque moderne, transmise par l'antique "Livre des rites", établissait que tout fonctionnaire des religions bouddhiste et taoïste qui "troublerait les affaires de gouvernement par des positions hérétiques subirait la peine de mort" (13). Pendant des siècles, le pouvoir central a toujours été attentif à ce qu'aucune déviation n'intervienne dans le domaine religieux et surtout à ce que la religion ne s'écarte pas des liens étroits de soumission aux institutions de l' Etat et conserve son rôle au service du pouvoir et de l'unité du pays. Les sanctions prévues pour les transgresseurs étaient très détaillées, comme l'était aussi la liste des infractions (4). Par ailleurs, la plus grande sévérité était prévue dans le cas de rébellion organisée par des mouvements religieux qui assumaient des positions hérétiques ou de défi par rapport au pouvoir constitué et aux habitudes transmises par la tradition. La persécution frappait particulièrement ceux qui "reconnaissaient un chef religieux (hérétique, ndr) comme maître ou transmettaient ces positions erronées à des prosélytes" (15).

"La tradition de domination politique sur la religion organisée écrit C. K. Yang (16) a été tellement persistante que même durant la période républicaine, quand une grande partie des contrôles légaux sur la religion fut assouplie, le développement d'un mouvement religieux dépendait encore en grande partie du soutien d'une figure politique proéminente. L'expansion imprévue d'un mouvement bouddhiste dans la province du Hunan, au milieu des années 1920, par exemple, a été due en grande partie au patronage du gouverneur provincial, Tang Shengzhi, un bouddhiste dévot. Avec son soutien, l'Association du Hunan pour la conversion bouddhiste (Hunan Fuhua Hui) engendra, sur ce territoire, un vaste réseau d'organisations pour la formation et le culte bouddhistes. Mais quand Tang fut déposé, l'ensemble de ce mouvement finit aussi rapidement qu'il avait commencé

Yang fait encore observer que "les faits historiques masquent l'assertion commune selon laquelle il n'y a jamais eu de conflit prolongé entre l' Etat (chinois) et la religionAu moins dans un cas, pendant une période de plus de 500 ans, "entre le cinquième et le dixième siècle, une constante persécution unilatérale de l'Etat contre la religion s'est exercée et non pas une lutte entre deux forces équivalentes. A aucun moment (de l'histoire chinoise) il n'est arrivé que l' Etat perde sa position de prédominance" sur la religion organisée (17).

La politique et l'action du Parti communiste le régime qui a suivi se grefferont sur ce fil directeur très ancien consistant à encadrer les rapports entre l'Etat et la religion organisée, simplement en continuant la tradition impériale. Comme apport original, elles adopteront certains éléments de l'expérience soviétique et de l'Europe de l'Est. Les Etats du communisme réel avaient mis au point des systèmes de contrôle sur le christianisme, une religion organisée introduite depuis peu dans la vie de la Chine et que l'Empire incapable de la plier aux habitudes religieuses chinoises, surtout en raison des liens existants entre confessions chrétiennes et puissances européennes avait simplement maintenue " hors des murs des villes". Le temps allait venir de faire entrer aussi le christianisme à l'intérieur de l'alvéole religieuse traditionnelle de la Chine millénaire.

Le communisme: un nouveau type de foi

Dans la première moitié du vingtième siècle, la Chine s'est trouvée secouée par de terribles bouleversements politiques et sociaux. La dynastie Qing abordait prostrée le nouveau siècle, surtout à cause de l'incapacité de ses institutions à s'adapter à la modernité ; son histoire s'achèvera de façon dramatique en 1911, avec la chute définitive de l'Empire.

Le régime républicain ne connut pas beaucoup plus de chance pour améliorer le sort des institutions et des citoyens. Le front politique se brisa bien vite en une mosaïque de "seigneurs de la guerre", maitres effectifs de parcelles de territoire. L'éclatement politique intérieur fut en même temps confronté au renforcement du tout proche voisin japonais qui, bien vite, envahit le territoire chinois. La trêve temporaire pour faire face à l'ennemi commun se rompit bien avant l'effondrement du Japon : la faction au pouvoir, le Guomindang, incapable d'affronter de façon coordonnée et intelligente les graves problèmes du pays, se décomposa alors de manière irrémédiable. Cela permit à l'opposition de s'organiser efficacement en s'appuyant sur le mécontentement grave et évident qui imprégnait la vie de la totalité des gens.

Ces derniers, mal informés sur les événements en cours, ignorant pour la plupart les jeux du pouvoir mais "perdants" à tous les coups dans toutes les parties jouées par ceux qui prétendaient dominer le terrain politique, étaient surtout désireux de survivre et d'obtenir des conditions de vie décentes. A la fin des années 40, bien peu de Chinois pouvaient se souvenir d'avoir vécu une période de paix et de tranquillité relatives.

La "victoire" sur l'ennemi commun se révéla tout de suite incapable de satisfaire les aspirations des gens. Au fort sentiment de voir l'étranger (Japon et nations occidentales) hors des frontières nationales, se substitua l'apparition d'une préoccupation plus grande, la recherche de quelque chose qui puisse "transcender les intérêts divergents, exiger un dévouement sans partage sur l'horizon national et qui puisse, en même temps, offrir une action capable de catalyser l'attention de l'individu, un objectif central dans lequel réintégrer les aspects émotifs et rationnels de la personnalité" (19). C'était un besoin de l'individu et de la nation.

Hélas, ce centre d'attraction, cet assemblage des énergies et des aspirations "ne pouvait plus se développer dans le contexte des religions traditionnelles théistes qui n'étaient sans doute plus capables de guider les individus et la nation" (20). Cellesci ne servaient plus au peuple comme moyen de se soustraire aux calamités qui s'abattaient sur lui et qu'il ne parvenait pas à comprendre ; elles ne servaient pas à la classe intellectuelle pour lui fournir des motivations et des pistes d'action. Ce que le père de la patrie, Sun Yatsen, avait proclamé quelques années auparavant s'avérait vrai, à savoir que "la Chine a un urgent besoin d'idéologie. Une idéologie disaitil inspirerait la foi et la foi engendrerait la force ; une force collective, si essentielle dans une période de crise nationale

Pour Sun Yatsen, l'idéologie incluse dans ses "Trois principes" (Sanmin Zhuyi) définis à Guangzhou (Canton) en 1924 (nationalisme, démocratie et bienêtre pour le peuple), était suffisante.

Après la fin de la seconde guerre mondiale, c'est le Parti communiste qui se présenta à la nation comme l'héritier le plus authentique de Sun Yatsen. Ses lettres de créance étaient constituées par la victoire sur les armées nationalistes du vieux gouvernement en débâcle et par la ferme volonté de s'atteler aux deux principales aspirations de la nation chinoise : le progrès matériel et la restauration de l'orgueil national par la reconquête du respect sur la scène internationale. Dès le siècle précédent, la faiblesse politique du pays et l'état d'arriération matérielle du peuple avaient été constamment montrés du doigt comme étant les principaux responsables de l'infériorité de la Chine dans le monde moderne. Le Parti qui sortait vainqueur de la révolution se fixait l'objectif de redonner force et bienêtre à la Chine et aux Chinois.

La politique du Parti envers les religions théistes

"La position du communisme à l'égard des religions théistes est celle d'une croyance qui rencontre une autre croyance" (22). C. K. Yang poursuit avec une affirmation peu acceptable mais commune dans de nombreux milieux : "Etant donné qu'une foi est toujours radicale, la relation entre différentes fois implique une exclusion réciproque. Entre corps qui s'excluent mutuellement, il ne peut y avoir de tolérance réciproque mais seulement un conflit" (23).

Une partie de cet axiome est vraie. De l'époque pré-révolutionnaire jusqu'aux déclarations officielles les plus récentes (24), le régime de Pékin a toujours affirmé que les religions théistes sont un produit de l'ignorance et de l'incapacité de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Avec le progrès de la révolution, l'expansion de la science et la libération politique des masses, les religions sont inévitablement destinées à devenir des déchets de l'histoire. Cette même conception apparaît inaltérée dans les premiers écrits d'un des fondateurs du Parti communiste chinois, Chen Duxiu (1879-1942) (25), jusqu'aux documents publiés après le tournant pris par Deng Xiaoping (26).

Des considérations de type pragmatique découragent l'élimination de la religion par la force. Mais elles ne l'ont pas complètement empêchée, spécialement mais non exclusivement durant "les années de la grande catastrophe", comme un document (de 1981) du Comité central du Parti qualifie la "Grande révolution culturelle prolétaire" (19661976). Mais toute religion qui, en Chine, tente de résister ou constitue un obstacle pour le Parti sera violemment supprimée.

En 1960, K. C. Yang écrivait que "la seule religion organisée par laquelle le régime communiste chinois se sent menacé est le christianisme, et plus particulièrement l'Eglise catholique, en raison de ses liens avec les puissances occidentales" (27). A la fin du siècle, cette affirmation apparaît rétrospectivement dans tout le tragique de sa vérité.

En tout cas, la politique de tolérance alliée à la politique de subordination ne signifie certes pas le renoncement au plan à long terme d'élimination non violente des religions théistes. Le document n° 19/82 l'affirme ouvertement, en toutes lettres. L'instrument privilégié est le monopole sur l'éducation des jeunes, chasse gardée du régime.

II - LES DEBUTS DU NOUVEAU REGIME

L'ACTION CONTRE L'EGLISE (28)

Les prémisses

Pour "protéger" et contrôler efficacement les Eglises et les religions de la Chine, les dirigeants de Pékin se sont constamment et invariablement efforcés de faire d'elles des instruments dociles aux mains du parti et du gouvernement, en créant, au sommet de chaque confession, au niveau national, une organisation centrale, ayant des fonctions directives, de nature politique, et dépendant directement du bureau gouvernemental chargé des affaires religieuses (dirigé par un membre du parti), présent à son tour au sein du bureau du premier ministre Zhou Enlai.

Cette politique d'asservissement des Eglises et des religions permet de voir la dureté inexorable d'un plan techniquement sans faille. Son exécution a requis des années de pression et de répression. Ses résultats demeurent fragiles, comme le sont toutes choses bâties sur la contrainte et la violence. Au niveau national, l'action gouvernementale à l'égard de l'Eglise catholique fait donc partie d'une politique d'ensemble destinée aux diverses confessions religieuses. Elle prend place dans un contexte général dont nous rappelons ici les lignes essentielles.

Pour les musulmans, "le 11 mai 1953, 111 délégués musulmans appartenant à dix minorités ethniques différentes, ont créé officiellement à Pékin l'Association nationale islamique de Chine avec M. Buthan pour président..." (29). Pour les bouddhistes, "du 30 mai au 3 juin 1953, 123 personnalités bouddhistes se sont rassemblées à Pékin pour fonder officiellement l'Association bouddhiste de Chine, avec quatre présidents honoraires : le Dalai Lama, le Panchen Ngoerhtehni, Hsu Yun, Chakankoken ; un président, Yuan Yin, et un secrétaire général, Zhao Puchu" (30). Les protestants tinrent leur première Conférence nationale des protestants de Chine à Pékin, du 20 juillet au 6 août 1954. 232 représentants des différentes Eglises et organisations protestantes y prirent part et élurent un Comité national composé de 150 membres sous la direction de Wu Yaozong, chef du Mouvement protestant des trois autonomies (31). L'Association taoïste de Chine fut officiellement créée le 12 avril 1957. Yueh Chungtai, abbé d'un monastère taoïste de Mukden (aujourd'hui Shenyang) et membre du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois, fut élu président. Pour diriger l'association, un comité central de 61 personnes fut élu (32).

Les tentatives de contrôle sur l'Eglise

Les efforts pour soumettre l'Eglise catholique, bien qu'intenses et constants, n'aboutirent à rien pendant longtemps. De fait, la création de l'organe interne de contrôle sur l'Eglise fut le dernier, chronologiquement parlant, à pouvoir être constitué. L'action du gouvernement se heurta à d'assez fortes résistances, ce qui se paya à un prix très élevé pour les catholiques : le gouvernement dut faire disparaître des centaines de personnes et avoir recours à la terreur et au chantage par rapport aux autres, avant d'obtenir quelque succès. La création de l'instrument interne de contrôle sur l'Eglise passa par différentes phases.

Le "cas Riberi"

Au moment de la proclamation de la République populaire, Mgr Antonio Riberi, archevêque, internonce en Chine, représentait le SaintSiège depuis le 28 novembre 1946, avec résidence à Nankin, siège du gouvernement nationaliste de l'époque. A la suite de la prise du pouvoir par les communistes, l'archevêque ne quitta pas la Chine comme l'avaient fait tous les représentants diplomatiques accrédités auprès du gouvernement chinois. En raison précisément de sa mission spécifique, qui n'avait trait que d'une manière tout à fait secondaire à la politique, Mgr Riberi avait reçu l'ordre de rester le plus longtemps possible sur le sol chinois et de n'abandonner en aucun cas son siège diplomatique. Voilà pourquoi il tenta de contacter les nouvelles autorités et de transférer sa résidence à Pékin, devenue capitale du nouveau régime.

Sur un plan purement formel, l'attitude du représentant pontifical peut probablement être considérée comme erronée: il avait été accrédité auprès d'un gouvernement (nationaliste) qui avait cessé d'exister sur le territoire chinois et avait été transféré ailleurs. Selon plusieurs observateurs (33), Mgr Riberi aurait dû suivre les événements et les déplacements de ce gouvernement. Cette position n'est pas partagée par le SaintSiège qui avait à coeur les relations avec l'Eglise en Chine plutôt que les événements politiques du moment.

Les turbulences de ces annéeslà requéraient en outre des indications qui concernaient la vie de l'Eglise. Les évêques étant dans l'impossibilité de se rencontrer et de parvenir à une position commune, il revint à l'internonce de prendre position. Une tâche de discernement assez difficile, qu'il n'était pas possible d'isoler d'événements survenus dans d'autres pays gouvernés par des régimes communistes où les évêques avaient été injustement persécutés et incarcérés et la vie de l'Eglise rendue difficile ou impossible.

Plusieurs initiatives pleinement légitimes de Mgr Riberi donnèrent l'occasion aux autorités chinoises d'attaquer son action. Face aux difficultés toujours plus grandes pour l'Eglise de mener ses activités normales de culte et de catéchèse, l'internonce encouragea la formation de la Légion de Marie qui, en peu de temps, devint présente dans les grandes villes. Le fort attrait qu'elle exerça attira immédiatement l'attention et l'antipathie du régime qui la qualifia de mouvement contrerévolutionnaire et subversif, aidé en cela par la malheureuse terminologie militaire adoptée à l'intérieur même de la "Légion".

Un second incident fut causé par une déclaration du clergé de Nankin qui proposait la réforme de l'administration de l'Eglise en Chine et qui portait notamment la signature du vicaire général du diocèse, le P. Li Weiguang (34). La déclaration fut publiée dans le Quotidien du Peuple du 31 mai 1951. A cette même date, l'internonce Riberi envoyait une lettre en latin aux évêques pour en désapprouver le contenu.

A plusieurs reprises, par la suite, Mgr Riberi ne manqua pas de mettre en garde pasteurs et fidèles contre le Mouvement des trois autonomies (35), d'inspiration protestante, et qui était constamment proposé comme devant inspirer l'Eglise catholique.

Finalement, après une intense campagne de presse et d'opinion contre l'internonce, le 26 juin 1951, Mgr Riberi fut placé en résidence surveillée, dans sa résidence de Nankin. Le 4 septembre suivant, la presse chinoise annonçait la déportation de Mgr Riberi. Le 5 septembre, celuici arrivait à Shanghai sous escorte armée. On le fit monter dans un train, dans un compartiment de troisième classe, et il fut conduit à la frontière de Hongkong après un long et exténuant voyage.

Arrivé à Hongkong, Mgr Riberi y resta pendant une année entière, dans le vain espoir d'obtenir l'accréditation auprès du nouveau gouvernement de Pékin. Après cette longue et vaine attente, il se rendit finalement à Taiwan. Le "cas Riberi" demeure encore aujourd'hui une page controversée de l'histoire de l'Eglise en Chine. Il demeure cependant un fait secondaire dans sa substance, ne revêtant d'importance que pour l'utilisation qui allait en être faite pour justifier une "politique religieuse" qui aurait de toute façon été mise en oeuvre, comme les pages suivantes l'illustreront amplement.

Le Mouvement des trois autonomies

Le 13 décembre 1950, une dépêche de l'agence Chine nouvelle lançait dans l'Eglise catholique le Mouvement des trois autonomies (MTA) par l'intermédiaire du "Manifeste de Guangyuan" (36). Le programme de réforme prévoyait, à cette époque, la constitution de soviets paroissiaux et de comités de réforme au niveau local, composés principalement de laïcs. En agissant par la base, le gouvernement espérait recueillir un certain soutien pour organiser au niveau national un organisme catholique disposé à collaborer en étant soumis au pouvoir. Ce projet échoua surtout parce que les catholiques suspectèrent des implications sur le plan doctrinal et disciplinaire. Plus tard, alors que le projet avait déjà été mis de côté, la condamnation du MTA arriva de la part du Pape Pie XII dans l'encyclique Ad Sinarum Gentem (37).

Le périodique China Missionary Bulletin, dans sa rubrique régulière intitulée Mission Chronicle, en 1951, parle fréquemment des tentatives faites pour déstabiliser les centres locaux s'inspirant des mouvements de réforme (38). Malheureusement, il ne rapporte jamais les noms des localités où se sont tenues ces assemblées et cite rarement les noms des personnes concernées. Les faits sont en revanche enregistrés sous les noms des provinces respectives. Durant la seconde moitié de l'année, les nouvelles sur les tentatives de conduire les catholiques vers la réforme de l'Eglise et d'organiser de l'intérieur les structures pour le fonctionnement du mouvement diminuent. Les informations augmentent par contre d'une manière impressionnante sur l'arrestation de prêtres, de religieuses et de laïcs, de la disparition de certains et de l'assassinat d'autres. Les nouvelles sont nombreuses également quant à la fermeture d'institutions catholiques.

Deux rubriques apparaissent régulièrement : "In manus tuas Domine", qui met à jour la liste des catholiques tués ou morts en prison, et "Expelled from China". Celleci, lors de sa dernière édition en 1955, enregistre 3 142 expulsés, prêtres, évêques et religieuses. A ce momentlà, il restait dans les prisons chinoises un peu plus d'une dizaine de missionnaires étrangers.

La campagne d'opposition contre l'impérialisme et pour l'amour de la patrie et de la religion

En 1953, le gouvernement lance le Mouvement d'opposition à l'impérialisme, d'amour de la patrie et de la religion. Pour l'occasion, de petits noyaux d'associations patriotiques sont de nouveau créés au niveau local, dans l'espoir qu'à partir de ces groupes pourra naître un mouvement d'idées conduisant à la constitution d'un organisme catholique national.

Avec cet objectif en tête, en 1953, le bureau des Affaires religieuses convoque le synode de Nankin, composé d'ecclésiastiques et présidé par le vicaire général du diocèse, Li Weiguang. Ce synode se fera le portevoix de la nouvelle initiative du gouvernement par une déclaration en dix articles. Cependant, malgré les fortes pressions du gouvernement, ce synode n'eut aucun écho ni aucune suite. Li Weiguang fut excommunié par le SaintSiège (39). Il fut ensuite illégitimement ordonné évêque, le 15 novembre 1959. Il est significatif que Louis Wei, dans son livre intitulé "Le SaintSiège et la Chine", ne parle même pas de cet événement.

Les choses traînent encore pendant quelque temps, en plaçant les catholiques en particulier les évêques et les prêtres sous pression, pour qu'ils apportent leur assentiment au plan du Parti. Il y eut quelques adhésions mais surtout beaucoup d'opposition en 1955, année décisive où "le front réactionnaire catholique", pour reprendre l'expression de la presse d'alors, fut brisé par la force.

Au début de l'automne, les autorités arrêtent presque toutes les personnes qui, au cours des années précédentes, ont affiché une attitude ferme et inflexible. Auparavant déjà, beaucoup avaient été victimes d'arrestations et de vexations et le nombre de tués avait grossi, contribuant à créer un climat de terreur et de suspicion. Le cas de Shanghai est typique : dans la nuit du 8 septembre, l'évêque de la ville, Mgr Ignace Gong Pinmei (aujourd'hui cardinal) fut arrêté, ainsi que 600 personnes : prêtres (environ 70), religieuses et laïcs. Le cas de Shanghai est typique car ce qui se passa là se reproduisit à travers tout le pays. Le régime fit disparaître toutes les autorités ecclésiastiques qu'il jugeait inflexibles ("réactionnaires"), laissant les diocèses sans autorité reconnue.

L'arrestation des "réactionnaires" et la formation des associations patriotiques

L'arrestation et la situation d'empêchement d'une grande partie des autorités ecclésiastiques laissa le champ libre aux candidats favoris du gouvernement. Celuici créa d'ailleurs des circonstances favorables au développement accéléré des associations patriotiques au niveau local et facilita la participation de prêtres et de laïcs aux rencontres de nature politique. L'adhésion, même tardive, de plusieurs personnalités ecclésiastiques importantes aux initiatives du gouvernement fit conclure aux autorités compétentes que les conditions étaient mûres désormais pour entreprendre la troisième tentative de création d'une "association patriotique" de catholiques au niveau national. Nous étions alors en janvier 1956.

M. Yang Shida, vicerecteur de la seconde école de médecine de Shanghai, écrit: "Les organismes patriotiques des catholiques se sont développés avec rapidité après l'élimination des bases influentes de l'impérialisme et de la contrerévolution situées à l'intérieur de l'Eglise catholique. Pour l'heure, la forme de ces diverses organisations se différencie selon les régions. Leur dénomination varie elle aussi. Il n'existe pas de liens et de relations réciproques entre elles. Elles ne possèdent pas non plus d'organisme directeur pour assurer leur unité et leur centralisation. Les délégués catholiques qui, en janvier 1956, à Pékin, ont participé comme membres du Comité ou comme observateurs à la quatrième réunion du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois furent convoqués à un entretien avec Xi Zhongxun, secrétaire général du Conseil d'Etat (40).

Au cours de cette réunion, il fut proposé à l'unanimité d'encourager la fondation, au niveau national, d'une organisation patriotique des catholiques, afin de pouvoir facilement unifier les idées et les activités des diverses associations patriotiques locales disséminées dans le pays et afin de permettre à tous les catholiques de Chine de s'unir comme un seul homme, de créer une organisation indépendante, libre, prospère, puissante, et d'aider le gouvernement à appliquer sa politique religieuse.

Le secrétaire général du Conseil d'Etat, Xi Zhongxun, a considéré que nos propositions étaient non seulement légitimes, mais aussi avantageuses pour le peuple, la patrie et pour l'Eglise catholique. En conséquence, il nous a donné son appui et son soutien. "L'Association patriotique est une question qui appartient à tous les catholiques que vous êtes", nous a déclaré Xi Zhongxun. "Votre devoir est de l'organiser. Si, à un moment donné, vous avez besoin de l'assistance du gouvernement, le gouvernement vous aidera certainement et fortement. Le gouvernement populaire agit en faveur du peuple. Il a la responsabilité et le devoir de faire tout ce qui profite au peupleA partir de ce jourlà, l'Association patriotique des catholiques de Chine, au niveau national, a commencé à prendre forme... (41). "L'élimination des bases influentes de l'impérialisme et de la contrerévolutionà laquelle se réfère Yang Shida, revêt des caractéristiques bien précises. Depuis des années, une action constante était menée à l'encontre des personnalités, évêques, prêtres et laïcs, considérées comme difficilement malléables et rebelles même à une collaboration tacite. Il ne restait plus au régime que l'option de leur arrestation et de leur disparition dans le système carcéral d'Etat.

Les prêtres disparurent littéralement par centaines et il est impossible de suivre ici leur destinée. Mais le régime s'intéressa surtout aux administrateurs diocésains, évêques ou prêtres. Je ne citerai que deux cas parmi tant d'autres. Le nouvel évêque de Xiwanzi (Hebei), Mgr Melchior Zhang, fut arrêté au début de 1952 : il sortira de prison "pour raisons de santé" et sera placé en liberté surveillée en mars 1985. L'évêque de Shanghai, Mgr Ignace Gong Pinmei (42), sera arrêté le 8 septembre 1955 (43). Environ soixantedix prêtres et des centaines de fidèles partagèrent son sort. Mgr Gong passera 30 ans en prison et trois autres en résidence surveillée avant de prendre la voie de l'exil vers les EtatsUnis, en 1988.

L'action politique s'étendit bien audelà de Shanghai. Le message était clair: ou bien l'on s'adaptait, ou bien il fallait payer un prix très élevé. Les victimes de ces coups de filet disparurent dans les goulags du régime. Beaucoup y moururent et ceux qui survécurent en sortirent après des décennies. Le P. Linus Wong, administrateur diocésain du diocèse de Jiangmen (Guangdong), passa 30 ans dans un camp de travaux forcés dans le Qinghai. le P. Philippe Wang Ziyang, administrateur du diocèse de Yanggu (Shandong), mourut en prison le 31 janvier 1990, après plus de 36 ans de détention.

III- LA PREPARATION IMMEDIATE : L'ANNEE 1956

De janvier à juillet 1956, tous les bureaux locaux et provinciaux des Affaires religieuses et tous les principaux responsables des associations patriotiques travaillèrent fébrilement pour préparer la convocation à Pékin d'une "Réunion préliminaire d'un Comité préparatoire de l'Association patriotique nationale".

Une de leurs principales tâches consistait à "inviter" les évêques et les administrateurs diocésains chinois à apporter leur adhésion à cette première réunion préparatoire. Le terme "invitation" est dans ce cas un euphémisme notoire. Il se réfère en effet à l'utilisation de tout moyen de pression possible pour extorquer l'adhésion "volontaire et libre" des plus hautes autorités ecclésiastiques. Des lettres et informations de l'époque, et surtout les témoignages recueillis de vive voix au cours des dix dernières années, expliquent les méthodes utilisées pour convaincre. "Un groupe de catholiques patriotiques a organisé une série de réunions contre l'évêque pour le contraindre à adhérer à la politique religieuse du gouvernement. Les accusations contenaient les terminologies habituelles de contrerévolutionnaire, espion à la solde des impérialistes, saboteur..." (44).

A la suite de ce travail de préparation, 4 évêques, 11 vicaires généraux ou administrateurs diocésains et 10 laïcs se réunirent à Pékin du 19 au 25 juillet 1956 pour devenir les promoteurs officiels de l'Association nationale patriotique des catholiques de Chine. Au total, donc, 36 personnalités catholiques appartenant à 23 diocèses différents, sur les 139 circonscriptions ecclésiastiques que comptait le pays, selon l'annuaire des Missions catholiques de Chine, de 1949. Le P. Zhang Shilang, vicaire capitulaire de Shanghai, ne put se rendre à Pékin pour raisons de santé, mais son nom fut quand même ajouté à la liste, portant le nombre des "promoteurs" à 37.

Je rapporte cidessous les textes de l'époque qui relatent le cours des événements et leur signification.

La réunion préliminaire du Comité préparatoire

"La réunion préliminaire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois s'est achevée avec succès à Pékin" (45), écrit un correspondant de Chine.

"La réunion préliminaire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois a été annoncée par les neuf personnalités catholiques, ecclésiastiques et laïques, qui avaient participé à la seconde session plénière du second comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois. La réunion préliminaire s'est déroulée à Pékin du 19 au 25 juillet 1956 et s'est achevée avec succès.

Parmi les participants se trouvaient Mgr Wang Wencheng, évêque de Nanchong (Sichuan), Mgr Zhao Zhensheng, évêque de Xianxian (Hebei), Mgr Yi Huanhua, évêque de Xiangfan (Hubei) et Mgr Li Boyu, évêque de Zhouzhi (Shaanxi). Etaient également présents les prêtres Li Weiguang, administrateur apostolique de Nankin (Jiangsu), Dong Wenlong, vicaire général de Jinan (Shandong), Li Chunwu, vicaire général de Pékin, Li Debei, de Tianjin, et le laïc Yang Shida, de Shanghai. En tout 36 personnes.

Le 19 juillet 1956, après l'adoption de l'ordre du jour et du comité de présidence, Mgr Wang Wencheng prononça le discours d'ouverture. A l'invitation de la présidence, le directeur du bureau des Affaires religieuses du Conseil d'Etat, He Chengxiang, a participé aux travaux et présenté la politique religieuse du gouvernement en commentant des faits d'actualité. En particulier, He Chengxiang s'est attardé sur la présentation des succès obtenus dans la construction socialiste du pays, sur la politique du gouvernement concernant la protection de la liberté de la foi religieuse et sur la signification du mouvement patriotique et antiimpérialiste des catholiques.

Dans les discussions de groupe et lors des sessions plénières, les ecclésiastiques et les laïcs catholiques ont pris la parole avec enthousiasme et ont reconnu à l'unanimité que pour mieux mettre en oeuvre le travail "d'amour de la patrie et de la religion" il était absolument nécessaire de fonder une organisation patriotique au niveau national et qu'il était opportun de fonder une telle organisation. Tous ont exprimé leur ferme confiance pour ce qui est de mobiliser effectivement les forces des ecclésiastiques et des laïcs catholiques afin de bien diriger l'Eglise catholique.

Le 24 juillet 1956, au cours de la réunion plénière, Dong Wenlong, vicaire général du diocèse de Jinan, fournit des explications sur le projet de constitution et de règlement du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Li Debei, prêtre du diocèse de Tianjin, ajouta quelques explications sur la procédure suivie dans la rédaction du message' rédigé par le Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Li Chunwu, vicaire général du diocèse de Pékin, a proposé d'établir une liste de membres constituants et de mettre au point les services d'organisation d'un Bureau du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Après la réunion, tous les groupes ont eu des discussions approfondies sur les explications et les propositions mentionnées plus haut, en exprimant leurs avis et en proposant des amendements.

Le 25 juillet 1956 a eu lieu la dernière session plénière de cette assemblée, sous la présidence de Li Weiguang, administrateur du diocèse de Nankin. Les membres ont adopté à l'unanimité, avec enthousiasme et en levant la main, le texte du message du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Ils sont tombés pleinement d'accord pour jeter les bases des services d'organisation d'un bureau chargé de préparer l'Association patriotique des catholiques chinois. Au cours de cette session, ils ont réuni les diverses propositions avancées pour l'amendement du projet de constitution du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. La session a confié au Bureau préparatoire le pouvoir d'introduire les amendements. Après le discours de clôture prononcé par le catholique Yang Shida, la réunion préliminaire s'est achevée avec succès. Le jour même, dans l'aprèsmidi, les autorités ecclésiastiques et les laïcs catholiques qui avaient participé à la réunion apposèrent leurs noms à la fin du texte du message.

L'assemblée préliminaire a reçu des télégrammes et des lettres de félicitations des ecclésiastiques, des laïcs catholiques et des organisations patriotiques de Pékin, Tianjin, Shenyang, Shanghai, Wuhan, de la région autonome de la MongoIie intérieure, de Shenba (Shaanxi), Jining, Heze (Shandong), etc... Conduits par les représentants des catholiques de Pékin, des enfants ont offert des fleurs et présenté leurs félicitations à cette assemblée préliminaire.

Le dimanche 22 juillet 1956, tous les membres qui ont participé à la Réunion préliminaire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois se sont unis aux autorités ecclésiastiques du diocèse de Pékin et à plus de 2 000 catholiques pour participer, dans l'église de l'ouest de la capitale, à une messe solennelle au cours de laquelle ils ont prié pour la paix. Mgr Wang Wencheng a célébré le saint sacrifice, assisté des évêques Zhao Zhensheng, Yi Huanhua, Li Boyu et Zhong Huaimu".

Les rencontres avec les hiérarques du Parti

Pendant la période où se déroulait la Réunion préliminaire, Xi Zhongxun, secrétaire général du Conseil d' Etat, utilisa le club culturel de la Conférence consultative politique du peuple chinois pour inviter les ecclésiastiques et laïcs catholiques participant à la réunion à prendre part à des "conversations". Cellesci se déroulèrent dans l'aprèsmidi du 22 juillet 1956. Les représentants catholiques expliquèrent comment la politique religieuse du Parti était appliquée dans les différentes parties du pays et affirme le rapport de cette rencontre - "exprimèrent l'espoir d'une plus grande aide du gouvernement pour développer les activités religieuses normales dans tous les diocèsesXi, de son côté, profita de l'occasion pour expliquer une fois encore la politique religieuse du Centre et "parla ouvertement et avec sincérité à tous, s'engageant dans un intense échange de vuesSans manquer d'"impartir des directives urgentes" de caractère politique sur le mouvement patriotique.

Quatre jours plus tard, le 26 juillet, ce fut au tour du premier ministre, Zhou Enlai, de recevoir en audience "les évêques, les administrateurs apostoliques, les vicaires généraux, les prêtres et les catholiques des diverses régions de la Chine" qui avaient participé à la Réunion préliminaire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Le premier ministre Zhou, assisté de He Chengxiang et de Xu Ying (respectivement directeur et vicedirecteur du bureau des Affaires religieuses) et de Gao Shan, directeur du premier bureau du Conseil d'Etat, salua personnellement tous les intervenants, leur posant ensuite de nombreuses questions sur la vie religieuse des diocèses et sur les progrès qu'avait accomplis le mouvement patriotique en milieu catholique. L'évêque de Nanchong, Mgr Wang Wencheng, fit un bref discours au nom de tous les "représentants" catholiques présents et présenta au premier ministre et au président Mao l'hommage des catholiques. Le compte rendu public apparu dans un périodique de Tianjin ne mentionne pas le contenu de la "conversation" et ne précise pas non plus quelles ont été "les indications et les directives" transmises aux catholiques par le premier ministre (46).

Les promoteurs

Le même journal de Tianjin publie en septembre une liste de 36 noms de personnalités connues qu'il qualifie de "promoteurs" de l'initiative visant à constituer une Association patriotique pour les catholiques (47). Cette liste est intéressante : bon nombre de ces personnalités joueront un rôle déterminant jusqu'à nos jours.

Sur les 24 évêques chinois de l'époque, on n'en retrouve que 4 sur cette liste: Wang Wencheng de Nanchong (Sichuan), Zhao Zhensheng de Xianxian (Hebei), Li Boyu de Zhouzhi (Shaanxi) et Yi Xuanhua de Xianyang (Hubei). Parmi les vicaires généraux et les administrateurs diocésains figurent celui de Pékin, Li Chunwu, et 10 autres qui seront ordonnés illégalement évêques par la suite : Li Weiguang de Nankin, Dong Wenlung de Jinan, Li Debei de Tianjin, Yang Gaojian de Changde (Hunan), He Chunming de Kaifeng (Henan), Zhao Jingnong de Tianshui (Gansu), Zhang Jiashu et Li Side de Shanghai, Wang Qiwei de Baoding (Hebei) et Lin Quan de Fuzhou (Fujian).

D'autres noms illustres sont Wang Liangzuo, prêtre du diocèse de Chengdu (Sichuan) auquel on doit la proclamation de Guangyuan qui appelle à la réforme de l'Eglise dès 1950, Yang Shida, universitaire de Shanghai et député au Parlement national et, enfin, l'unique femme provenant de Guangzhou (Guangdong), Chen Jihong, qui deviendra tristement célèbre pour les humiliations infligées à l'archevêque Mgr Dominique Tang. Bien qu'il ait été absent pour raisons de santé, le communiqué mentionne le nom de Zhang Shilang, administrateur du diocèse de Shanghai. Lui aussi sera compté parmi les "promoteurs" de l'initiative.

Le message

Le 25 juillet 1956, au terme de la réunion préliminaire de Pékin, les participants envoyèrent le message suivant:

"Chers et vénérés supérieurs ecclésiastiques, chers fidèles,

Depuis la libération, notre grande patrie, sous la direction du gouvernement populaire, a lancé des mouvements politiques, mis en oeuvre des réformes sociales, entrepris la construction socialiste en cours et provoqué des changements fondamentaux. La patrie s'est débarrassée des conditions à demi coloniales et à demi féodales qui l'avaient caractérisée par le passé et a obtenu des résultats sans précédent dans la politique, dans l'économie, sur le plan culturel, dans la morale sociale et sur divers autres plans. En conséquence, elle a rehaussé sa position internationale et est devenue une force puissante pour protéger la paix du monde.

En même temps, nos convictions religieuses ont également obtenu une protection réelle. Face à ce magnifique spectacle qui suscite l'accueil enthousiaste des gens, nous ressentons que la gloire du peuple chinois rejaillit sur nos personnes et du profond de notre coeur nous louons et remercions Dieu car Ses voies de paix et de justice sont en train de se réaliser.

L'amour ardent pour la patrie et l'obéissance au gouvernement constituent en euxmêmes un commandement de Dieu. Notre Seigneur JésusChrist nous a dit : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Ceci démontre clairement que nous avons le devoir sacré d'aimer la patrie et d'aimer l'Eglise catholique. Les saints apôtres Pierre et Paul et tous les saints des générations suivantes nous ont enseigné comment nous devons obéir au gouvernement. Les saints qui se sont sacrifiés depuis l'antiquité pour la patrie et la justice, comme sainte Jeanne d'Arc, ont obtenu la plus grande vénération de l'Eglise catholique. Ceci témoigne vraiment qu'aimer et protéger sa patrie est le devoir de chaque ecclésiastique et de chaque catholique, et c'est pour cela que l'amour de la patrie et l'amour de l'Eglise catholique sont inséparables.

Dans les années qui ont suivi la libération, les ecclésiastiques et les catholiques des diverses régions ont participé au mouvement pour "Aimer et protéger la patrie, protéger la paix du monde". Ils ont élevé leur conscience patriotique. Ils ont fondé des organisations patriotiques, au point que notre "mouvement d'opposition à l'impérialisme et d'amour de la patrie" a obtenu de grands résultats.

Afin de resserrer encore plus l'union des ecclésiastiques et des catholiques du pays tout entier, afin de développer davantage l'esprit patriotique, afin de participer plus activement à l'édification de la patrie et à tous les mouvements patriotiques, afin de mieux protéger la paix du monde, afin d'aider davantage le gouvernement à mettre profondément en oeuvre sa politique concernant la liberté religieuse, nous estimons nécessaire de fonder une organisation patriotique au niveau national.

Voilà pourquoi nous avons tenu à Pékin, du 19 au 25 juillet de cette année 1956, une réunion préparatoire et mené des discussions détaillées. A l'unanimité, nous nous sommes accordés pour fonder un Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques de Chine en vue d'entamer les préparatifs pour inviter, le moment venu, les représentants des ecclésiastiques et des catholiques des différentes régions, de convoquer et de fonder l'Association patriotique des catholiques chinois. En outre, nous avons avant tout décidé de mettre sur pied un bureau préparatoire chargé de maintenir les rapports et les consultations avec les diverses régions et de s'occuper de tous les autres travaux préparatoires qui y sont liés.

Nous croyons que cette juste initiative obtiendra l'approbation et l'appui des ecclésiastiques et des catholiques des différentes régions. Nous espérons ardemment que tous apporteront leurs suggestions et prieront le Roi de la paix, Notre Seigneur JésusChrist, pour qu'il bénisse le succès de notre travail d'amour de la patrie et d'amour de l'Eglise catholique.

Salutations. Pax Christi !

Commentaires et réactions

La presse officielle et les périodiques catholiques qui pouvaient encore paraître accordèrent une large place à cet événement, à la nouvelle concernant la réunion de Pékin, aux décisions prises et au message envoyé. Comme on pouvait le prévoir, les commentaires et les impressions rapportés furent invariablement en accord avec l'initiative prise et avec la politique gouvernementale en matière religieuse.

Ce fut le cas pour le Quotidien du Peuple à diverses reprises et pour le numéro déjà cité du 1er septembre 1956 du périodique Guang Yang, de Tianjin, signé par Li Debei. C'est précisément Li Debei qui nous fournit de précieuses informations, utiles pour comprendre l'atmosphère qui a entouré l'événement.

"En faisant un pas en arrière dans l'histoire, nous rencontrons parmi les catholiques de nombreux et courageux patriotes; toutefois, le mouvement patriotique n'a jamais pu se développer à vaste échelle parce que les catholiques ont toujours subi l'oppression des éléments impérialistes et du parti réactionnaire du Guomindang. Après la libération, les ecclésiastiques et les laïcs catholiques patriotiques sont finalement parvenus à se regrouper et à s'unir. A ce momentlà, le mouvement patriotique et antiimpérialiste est devenu une réalité et s'est progressivement développé. A partir de 1951, dans de nombreuses régions du pays, des organisations patriotiques de catholiques ont été créées ; une lutte résolue contre les éléments impérialistes qui entravaient ou sabotaient notre mouvement patriotique a ensuite été menée. Et nous avons remporté une grande victoire".

Un peu plus loin, Li continue : "Depuis la seconde moitié de 1955, à partir du moment où le gouvernement a découvert, puis arrêté Gong Pinmei et d'autres éléments contrerévolutionnaires cachés dans l'Eglise catholique à Shanghai, à Wuhan et en diverses autres localités, la ferveur patriotique des catholiques n'a cessé de grandir, les organisations patriotiques des catholiques se sont alors développées rapidement. Selon des statistiques incomplètes, il existe déjà à l'intérieur du pays quelque 200 cellules de ces organisations patriotiques des catholiques. Certaines ne sont pas encore très solides, leur direction n'est pas suffisamment unifiée, leur travail est relativement désordonné; mais elles constituent un indéniable succès" (49).

Quelques réflexions

Le P. Léon Trivière conclut la description de la phase préparatoire par quelques réflexions significatives. Un correspondant de Chine continentale, se faisant le porteparole d'un des 37 promoteurs de l'Association patriotique, écrit le 4 novembre 1956 :

"Pour accomplir la gigantesque tâche qu'il s'est fixée, le gouvernement de Pékin désire s'attirer la sympathie et l'aide de l'élite de la population. Vous pouvez ainsi comprendre pourquoi, en juillet 1956, le gouvernement chinois a organisé ce que l'on peut appeler une assemblée du clergé chinois à Pékin. Toutes les provinces de Chine, même les plus reculées, ont été représentées et l'on a vu un vieil évêque chinois de plus de 70 ans traverser le pays tout entier pour assister à la réunion (51). Il y avait également 4 évêques, un certain nombre d'administrateurs diocésains pas encore ordonnés évêques, des prêtres et quelques laïcs, en tout 35 personnes (52).

Pourquoi cette réunion ? Pour susciter parmi les catholiques de Chine poursuit le correspondant des associations patriotiques destinées à ranimer le patriotisme, à aider le gouvernement dans des circonstances déterminées et à créer des courants de sympathie pour les actions accomplies.

A un certain moment, le directeur du bureau des Affaires religieuses a affirmé que "nous, en Chine, nous n'avons aucun besoin des religieux". Avec beaucoup de courage, un des évêques présents lui fit immédiatement observer que "l'Eglise catholique ne peut pas se passer des religieux; c'est un point essentiel de la doctrine catholique". "S'il en est ainsi, alors nous les accepterons volontiers". L'évêque a ajouté qu'"il y a des provinces tellement pauvres en prêtres chinois que, sans l'aide des prêtres étrangers, la religion ne peut être ni pratiquée ni répandue". Le haut fonctionnaire a répondu à cela que "rien n'empêche les étrangers de venir en Chine. Ils doivent demander l'autorisation et se soumettre à nos lois

"En ce qui concerne les missionnaires étrangers, les faits parlent d'euxmêmes" (53), note le P. Trivière. Mais ce qu'il est plus important de souligner se réfère à la représentativité de l'assemblée ellemême. Seules 23 des 139 circonscriptions ecclésiastiques et 19 des 26 provinces étaient représentées d'une manière ou d'une autre.

Il est encore plus crucial de déterminer la légitimité des quinze "chefs de diocèse" qu'on désigna par ce titre. Les années précédentes, les autorités civiles étaient intervenues à plusieurs reprises pour déposer un certain nombre d'ordinaires indésirables en les remplaçant par d'autres. Le 1er mars 1957, la Congrégation romaine de la propagation de la foi publiait un important décret par lequel elle rendait public le fait que trois diocèses Shanghai, Suzhou et Nanjing - n'avaient pas d'ordinaire légitime, leur titulaire étant empêché ou emprisonné. En conséquence, Zhang Shilang et Li Weiguang ne pouvaient être considérés comme "chefs" de diocèse. De plus, le second avait été nommément excommunié par Rome. Le modèle tchécoslovaque mis en place en 1951 et fidèlement copié ici était en train de se reproduire.

IV - LES EVENEMENTS DE 1957

L'année 1957 s'annonce décisive pour les efforts accomplis par Pékin afin de soumettre l'Eglise catholique. Les choix effectués ici ou imposés seront déterminants pour les décennies à venir et demeureront tels quels jusqu'à nos jours, sans jamais être en rien modifiés par les nombreuses tempêtes politiques qui s'abattront sur la République populaire de Chine. Avec une pause : la décennie de la "grande catastrophe nationale" des années de la Révolution culturelle (19661976), durant lesquelles l'Association patriotique est congelée, comme toutes les organisations du pays.

Quarante ans plus tard, nous devons admettre que le plan poursuivi fut intelligent et précis et que les possibilités ouvertes par celuici se sont révélées vastes mais aussi constamment capables de conserver sur l'Eglise un contrôle intact et entier, objectif qui était celui que le régime s'était fixé dès le début.

Pour revenir à 1957, il faut bien avoir présent à l'esprit le contexte sociopolitique dans lequel se déroulent les événements qui nous intéressent car il explique les attitudes et les réactions que l'on retrouve chez les personnages impliqués dans ces événements, qu'ils soient catholiques ou fonctionnaires du régime.

Après la révolution hongroise de l'automne 1956, Mao devint très soucieux des relations que le Parti entretenait avec la population. Cela devint le thème de son fameux discours prononcé le 27 février 1957 sur "La façon de traiter correctement les contradictions du peuple" (54).

Le mois précédent, le premier ministre Zhou Enlai avait organisé une importante rencontre avec un groupe d'intellectuels. Lors de la session de l'Assemblée politique consultative du peuple, le président de l'Académie des sciences, Guo Moruo, souligna l'urgence d'une approche correcte des intellectuels: selon une recherche de son institut, 40% seulement d'entre eux étaient véritablement des partisans du socialisme. On aboutit donc à un programme de douze ans pour éduquer les intellectuels au socialisme.

Le texte du discours de Mao avait été extraordinairement franc en admettant les erreurs du Parti, ce qui impressionna beaucoup les noncommunistes. Quelque temps plus tard, lors d'une rencontre nationale de travail organisée par le département chargé de la propagande, le 12 mars, Mao annonça le lancement d'une "campagne de rectification", durant laquelle il serait possible de critiquer le Parti. Mao pensait à une initiative semblable adoptée à Yan'an et qui s'était révélée d'une grande valeur. Malgré ses encouragements, les gens hésitaient à exprimer des opinions discordantes, ayant encore en mémoire les terribles événements du début des années 50, lorsque les "ennemis" du Parti vrais ou potentiels furent éliminés par dizaines de milliers.

Mao intervint à nouveau : "Pourquoi personne n'ose-t-il écrire ? Certains disent qu'ils n'osent pas écrire même s'ils ont quelque chose à dire par peur d'offenser les personnes et être alors critiqués eux-mêmes. Je crois que ces préoccupations doivent être mises de côté. Si ce que vous devez dire est juste, vous ne devez craindre aucune critique, et vous pourrez expliquer ultérieurement vos justes opinions dans le débat. Si ce que vous dites est erroné, alors les critiques pourront vous servir à corriger vos erreurs et il n'y a rien de mal à cela" (55).

A l'intérieur du Parti (56) tous ne se montrèrent pas d'accord avec l'idée de Mao d'encourager un vaste débat sur le rôle du Parti, incluant les masses et pas seulement le groupe restreint des membres. Dans cette opposition, se trouvait Liu Shaoqi, numéro deux de la hiérarchie du Parti. En revanche, Zhou Enlai et Deng Xiaoping s'alignèrent sur Mao pour le soutenir. Les objections furent écartées et, le 27 avril, une directive du Comité central incitait les membres du Parti et tous les citoyens à prendre part activement à la Campagne des cent fleurs (57).

Celle-ci dura exactement cinq semaines, du 1er mai au 7 juin. Les critiques, plaintes et accusations, furent si nombreuses que le Parti se trouva mis à mal. Mais il était loin d'imaginer que l'opposition était encore plus ample et plus profonde.

Le 8 juin, le Quotidien du Peuple publiait un article intitulé : "Pourquoi tout ceci ?". Débute alors le mouvement contre les éléments de droite (58). Deng Xiaoping s'activa pour mettre en oeuvre des contre-mesures adaptées au moment. On estime que plus de 400 000 personnes qui avaient imprudemment hasardé des critiques ont rapidement fini dans les nombreuses cellules "correctives" que le Parti avait créées. En juillet, lors d'une rencontre des secrétaires provinciaux du Parti, à Qingdao (Shandong), convoquée par le Comité central, le thème portait sur la "lutte contre les éléments de droite". Dans un article rédigé durant cette conférence, Mao décrivit la position du Parti à l'égard des éléments de droite comme une contradiction entre nous et l'ennemi, antagoniste, irréconciliable, une question de vie et de mort (59). Cela signifiait l'élimination de tous ceux qui seraient qualifiés "de droite". Les filets étaient tendus et tous les modérés allaient tomber, notamment bon nombre de catholiques qui cherchaient de manière ingénue un accord avec le régime qui soit plus respectueux des différences et des particularités de leur foi.

La réunion du Comité promoteur se déroule dans le climat plus ouvert de février 1957, tandis que la rencontre d'où jaillira l'Association patriotique advient juste au moment de la restauration du pouvoir absolu du Parti, dans le climat de terreur diffuse instauré par la "chasse à la droite".

La réunion du Comité promoteur

En janvier, le Comité préparatoire de l'association patriotique, constitué l'année précédente par les promoteurs, se réunit dans la capitale et décide de convoquer une réunion élargie des promoteurs eux-mêmes. 37 promoteurs d'origine seront présents, ainsi que 20 invités (de fait, il y eut 55 délégués catholiques, deux s'excusèrent). Parmi ces derniers figurent des personnalités importantes : Mgr Ignace Pi Shushi (1897-1978), archevêque de Shenyang (Liaoning), Mgr Alfonse Zong Huaimo, évêque de Yantai (Shandong) et le laïc Hu Wenyao. Le directeur du bureau des Affaires religieuses, He Chengxiang, est également présent et présente une fois encore la politique religieuse du gouvernement, parlant de la situation à l'intérieur du pays et sur la scène internationale.

La radio et la presse communistes ont totalement ignoré l'événement et ont passé sous silence cette réunion élargie des promoteurs qui s'est déroulée du 12 au 16 février 1957. En revanche, les périodiques catholiques qui pouvaient encore être publiés en ont parlé (60).

Pendant trois jours, les délégués ont échangé leurs impressions et leurs idées et - écrivent les rapports des trois périodiques catholiques - "à l'unanimité ils ont reconnu que depuis quelques années, grâce aux mouvements patriotiques et anti-impérialistes, la conscience politique du clergé et des fidèles s'est nettement amélioréeCeci grâce surtout à la précédente réunion de juillet 1956, à la suite de laquelle avaient été organisées un peu partout dans les diocèses des discussions ouvertes aux catholiques, de sorte qu'"un grand nombre d'autorités religieuses et de fidèles apportèrent leur appui chaleureux à la fondation de l'Association patriotique" (61).

En somme, la situation était désormais telle que les 55 personnes présentes à Pékin "décidèrent qu'il n'était plus nécessaire de passer par la phase d'un Comité préparatoire ; il était possible de créer directement l'Association" (62) sans plus attendre (63). La session plénière du 16 février inclut des discours de consensus. Il faut noter un détail : l'important discours de clôture fut prononcé par Mgr Ignace Pi, archevêque de Shenyang. Le rapport publié parle de la réaction d'"immense enthousiasme" des participants à la suite de la lecture de la résolution finale par Mgr François Yi.

La résolution finale

"Du 12 au 16 février (1957), nous, autorités religieuses et fidèles, au total 55 personnes venues des différentes parties du pays, nous avons tenu à Pékin une réunion élargie des promoteurs du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois. Au cours de cette réunion, nous avons écouté les rapports sur le travail accompli par le bureau du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques chinois durant les six derniers mois et sur les opinions relatives à la création d'une Association patriotique au niveau national. Nous avons discuté attentivement et minutieusement des réalisations concrètes et des conditions de fait du mouvement patriotique des catholiques du pays tout entier et nous devons exprimer notre satisfaction unanime pour le travail accompli par le bureau préparatoire au cours des six derniers mois.

Nous estimons que le mouvement patriotique des catholiques de Chine a récolté des succès considérables depuis quelques années et que la conscience patriotique du clergé et des fidèles s'est considérablement élevée. Ceci est advenu surtout après la convocation à Pékin, en juillet 1956, de la réunion préliminaire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques de Chine, quand la propagande et des discussions ont été organisées dans les diverses parties du pays, de sorte que de nombreux fidèles et membres du clergé ont manifesté un plus grand enthousiasme à l'égard du mouvement d'amour de la patrie et d'amour de la religion et ont étendu leur appui chaleureux pour que soit encouragée la fondation d'une Association patriotique au niveau national ; ils ont demandé qu'une telle Association soit créée le plus vite possible.

Nous nous basons sur le développement nouveau et authentique du mouvement patriotique dans les diverses régions du pays, sur le désir pressant du clergé et des fidèles pour décider qu'il n'est plus nécessaire désormais de passer par le stade d'un Comité préparatoire et qu'il faut créer directement l'Association patriotique des catholiques de Chine. En conséquence, le bureau préparatoire du Comité préparatoire de l'Association patriotique des catholiques de Chine devient désormais le bureau préparatoire de l'Association patriotique des catholiques de Chine, chargé d'assurer le travail préparatoire en vue de la fondation de l'Association patriotique des catholiques de Chine.

Nous espérons vivement que les autorités religieuses et les fidèles du pays tout entier réagiront positivement, en basant leur action sur l'esprit d'amour de la patrie et d'amour de la religion, et qu'ils feront bon accueil à la naissance de l'Association patriotique des catholiques de Chine, et qu'ils s'efforceront de mener à bien tous ensemble cette tâche glorieuse et historique" (64).

Après la publication de la résolution finale dans des revues diocésaines et locales, les déclarations de personnalités en vue se multiplient pour soutenir cette décision. Les déclarations des responsables diocésains, évêques ou prêtres, sont particulièrement recherchées pour conférer une légitimité au nouvel organisme. Les publications de l'époque en donnent un large compte rendu, si bien que les avis rapportés sont répétitifs à l'ennui. Impossible de vérifier leur authenticité, ni la provenance des personnes auxquelles ils sont attribués.

En attendant, plusieurs des participants à la réunion de Pékin sont envoyés à travers le pays pour "expliquer les événements" aux diverses communautés. Certains sont particulièrement actifs : les pères Augustin Zhao Jingnong de Tianshui (Gansu), Michel Wang Qiwei de Baoding (Hebei), Louis Zhang Jiashu de Shanghai, Etienne He Chunming de Kaifeng (Henan), Joseph Lin Quan de Fuzhou (Fujian), Sun Heping de Kunming (Yunnan)... une longue série de noms qui, à brève échéance, formeront la "nouvelle hiérarchie" élevée à l'épiscopat sans nomination pontificale.

Deux événements politiques importants

Une fois la réunion préparatoire achevée, plusieurs délégués catholiques ne retourneront pas tout de suite chez eux. Ils séjourneront à Pékin et prendront part à deux événements importants, dont le premier est la réunion élargie de la Conférence suprême d'Etat (27 février - 1er mars 1957), durant laquelle Mao Zedong prononce le discours cité plus haut sur "La façon de traiter correctement les contradictions du peuple" (65), qui conduira peu après à la Campagne des cent fleurs.

Durant cette Conférence, Mao parle aussi de la religion : Nous ne pouvons pas abolir la religion par le biais de mesures administratives, de la même façon que nous ne pouvons pas contraindre le peuple à abandonner l'idéalisme, de même que nous ne pouvons pas le forcer à croire au marxisme. Pour les questions idéologiques et les problèmes controversés concernant le peuple, nous ne pouvons qu'employer des méthodes démocratiques, de discussion, de critique, de persuasion et d'éducation, et non pas des méthodes coercitives et arbitraires..." (66).

Les lourdes et nombreuses interventions à l'encontre de personnalités religieuses survenues au cours des années précédentes et ce qui était en train de se passer cette année-là, surtout à partir du 8 juin, éclairent l'utilisation des paroles prononcées par le président.

Du 5 au 20 mars se tiendra aussià Pékin la Conférence consultative politique du peuple chinois, dont plusieurs catholiques sont membres : Mgr Wang Wencheng, Zhang Shilang, Li Debei, Dong Wenlong et Yang Shida. En assemblée plénière, 308 discours furent lus, dont deux intéressent directement l'Eglise catholique. Le premier fut prononcé par Dong Wenlong, vicaire général de Jinan, tandis que le second est attribué à Zhang Shilang, de Shanghai. La presse communiste parla de déclaration commune : Dong aurait également parlé au nom de Mgr Wang Wencheng, lui aussi présent dans la salle. Plusieurs extraits de ce discours sont intéressants :

Depuis longtemps, les agressions des impérialistes en Chine ont attisé la colère la plus violente dans le coeur du peuple chinois tout entier. Parmi les missionnaires étrangers, il y a véritablement eu une minorité d'éléments impérialistes qui se sont servi de la religion pour exercer des activités agressives et servir les intérêts des colonialistes. Il y a eu aussi des éléments réactionnaires qui, sous prétexte de religion, ont mené des actions de sabotage. Ainsi, ces éléments n'ont pas seulement mis en péril la patrie, mais ils ont aussi discrédité la pureté de notre Eglise [...]. Au cours des années qui ont suivi la libération, le gouvernement populaire a vraiment protégé la liberté de foi religieuse et a manifesté à tous les points de vue sa sollicitude à l'égard de l'Eglise catholique

Après avoir demandé aux Chinois catholiques résidant à l'étranger de rentrer en Chine et de participer à la construction de la nouvelle nation socialiste, Dong avance plusieurs requêtes. La première concerne la réouverture au culte des église, fermées à quelques exceptions près en 1950. Regrettant le complexe diffus de supériorité des cadres politiques à l'égard des croyants, il demande le respect envers la foi et la parité des droits avec les autres citoyens, surtout le droit des familles à donner une éducation religieuse à leurs enfants âgés de moins de 18 ans. Dong insista en particulier sur l'urgence d'appliquer correctement - surtout de la part des cadres locaux - la politique gouvernementale de liberté religieuse, de trouver une solution qui permette de "reprendre la vie religieuse, de voir de nombreuses églises occupées revenir au culte..." (67). Ces paroles courageuses offrent la clef permettant d'interpréter correctement la phrase de consensus et d'enthousiasme à l'égard du régime prononcée par le même auteur en diverses circonstances.

Dong Wenlong et Zhang Shilang se joignent au choeur des représentants des autres religions, aux représentants non communistes et aux inscrits du Parti pour exprimer des réactions et des opinions discordantes par rapport à la ligne officielle. Ils demeurent pourtant prudents : les critiques sont adressées au personnel local et subalterne qui n'aurait pas bien perçu la ligne correcte du Parti. Nous sommes à quelques jours du discours dans lequel Mao demandera que "débattent cent écoles de pensée".

Dans la ligne du climat plus tolérant de ces semaines-là, le régime libère un bon nombre de personnalités catholiques (et d'autres appartenant à des religions et organisations non communistes) enfermées dans les prisons et les camps de rééducation. Parmi les noms les plus en vue dans le camp catholique, on relève ceux de Mgr Ignace Pi Shushi, archevêque de Shenyang, du P. Fang, supérieur des trappistes, de Mgr Joseph Fan, évêque de Jining, de Mgr François Wang, archevêque de Hohhot, de Mgr Zhu Haimin, évêque de Haimen, de Mgr Melchior Zhang, évêque de Xiwanzi, et de dizaines de prêtres diocésains, de religieux et de religieuses. La liste serait longue, "mais ce serait une erreur de considérer ce geste comme une sorte d'amnistie généraleécrit L. Trivière. "Les catholiques qui poursuivent leur rééducation idéologique dans les prisons communistes sont encore nombreux et beaucoup meurent en prison, tandis que d'autres sont déportés et qu'un nombre non négligeable d'entre eux se trouvent aux travaux forcés dans les camps de concentration ; d'autres sont également arrêtés durant cette période" (68).

De toute façon, la décision avait désormais été prise aux plus hauts niveaux, en termes acceptables pour le gouvernement. Il s'agissait maintenant de donner une apparence de caractère officiel à la constitution de l'Association qui tenait tant à coeur au régime. La légitimité des décisions prises et l'autorité que revêtait une telle assemblée dans le domaine ecclésial restent évidemment discutables.

Mgr Ignace Pi Shushi, archevêque

A la suite de la réunion de février 1957, durant laquelle la constitution de l'Association patriotique est décidée, l'archevêque de Shenyang fait une déclaration fort éclairante : "La création de l'Association patriotique est quelque chose de correct. Il serait incorrect que des évêques et des prêtres refusent d'accomplir leur travail de propagation de la religion. Or, si l'on veut que le travail d'apostolat se fasse dans des conditions favorables et se développe, il sera nécessaire de s'appuyer sur le gouvernement et de créer l'Association patriotique" (69). Mgr Pi révélait par cette affirmation les raisons qui l'avaient conduit à collaborer. Celles-ci ne se réfèrent toutefois qu'à cette période. Il deviendra par la suite un collaborateur assidu.

Il faut rappeler le drame qui avait frappé cet homme, à son corps défendant.

Né à Chaling, le 1er février 1897, dans ce qui était alors le Vicariat apostolique de Mandchourie, où travaillaient des missionnaires français des Missions Etrangères de Paris, Ignace Pi Shushi fut ordonné prêtre en juillet 1928. A la fin des années 30, Pi fait partie du personnel du séminaire diocésain. Il sera appelé à succéder au siège archiépiscopal de Shenyang au précédent et dernier évêque français. Le 11 octobre 1949, il reçoit l'ordination épiscopale des mains de l'internonce Antonio Riberi, à Shanghai.

La Mandchourie avait été occupée très vite par les troupes soviétiques dans les derniers mois de la grande guerre. Celles-ci donnèrent rapidement le commandement non pas au gouvernement de Pékin, mais à la guérilla qui s'organisait contre Mao Zedong. C'est durant ces années qui précèdent la conquête du pouvoir central que les catholiques des différents diocèses des provinces de Jilin et de Liaoning (Mandchourie) subissent des persécutions atroces.

Mgr Ignace Pi Shushi est la plus haute autorité de l'Eglise sur ce territoire. C'est la raison pour laquelle les chroniques du temps soulignent qu'il est attentivement observé. Le "China Missionary Bulletin" d'avril 1951 informe que "l'archevêque chinois a été placé en résidence surveillée depuis plus de six mois". Dans le numéro de juin de l'année suivante, le même mensuel annonce sa mort, survenue - écrit-il - "en avril 1952". Une information qui apparaît bien vite erronée et corrigée trois ans plus tard dans le numéro de juillet 1955 du CMB. Selon ce journal, l'archevêque "aurait été arrêté en octobre 1951 et condamné à six ans de prison ; il fut toutefois libéré après avoir purgé trois années de sa peine et placé en résidence surveillée

On n'a plus alors de nouvelles de lui jusqu'à ce qu'il réapparaisse lors de la réunion élargie du Comité promoteur, à Pékin. Il n'existe aucun rapport de personnes qui auraient pu l'approcher en privé par la suite. Un rapport privé dit de lui : en public, Mgr Pi a "parlé souvent et beaucoup, et son nom apparaît dans la presse, même dans la presse internationale. A partir de 1957 il réside plus souvent à Pékin qu'à ShenyangAvant la révolution culturelle, Mgr Pi a été le "principal consécrateur d'évêques illégitimes. Il s'est vanté en public d'en avoir consacré une trentaine

Il mourut à Pékin le 16 mai 1978 et fut enseveli au cimetière de la révolution à Babaoshan. A ses funérailles solennelles, présidées par un haut fonctionnaire du Parti, le chef de l'Association nationale bouddhiste, Zhao Puzhu, faisant son éloge, déclarait notamment : "Pi Shushi a suivi le Parti pendant plus de vingt ans, il a aimé avec ardeur le président Mao Zedong, il a aimé la patrie socialiste, il a travaillé énergiquement pour unir les catholiques chinois au sein du mouvement contre l'impérialisme et pour l'amour de la patrie" (70).

La fondation de l'Association patriotique des catholiques chinois

Au cours des quelques mois durant lesquels se déroulait en Chine la grande campagne de "rectification des contradictions existant entre le Parti et le peuple", de nombreux catholiques, qui adhéraient pourtant au mouvement patriotique, s'unirent à la multitude de gens qui présentèrent des propositions de rectification et qui firent des interventions et des déclarations courageuses (71).

La Conférence nationale des délégués catholiques de Chine était prévue pour la seconde moitié du mois de mars 1957, comme le fit savoir le vicaire général de Tianshui (Gansu), Zhao Jingnong (72). Les dates avaient été fixées pour qu'elle ait lieu immédiatement après la réunion élargie des promoteurs (12-16 février 1957), mais aussi pour permettre aux délégués de pouvoir rentrer dans leurs diocèses respectifs pour la célébration des fêtes de Pâques.

Cependant, l'organisation de la Conférence se révéla, de manière inattendue, "longue et laborieuse" - commente Léon Trivière (73), mais sans en révéler les raisons, si bien que les responsabless furent contraints de la reporter au mois de juin.

La Conférence devait en réalité comporter deux sessions distinctes. Une première réunion, préparatoire, officieuse, dans la plus grande discrétion, d'une durée de 27 jours (à Pékin, 17 juin - 13 juillet) fut suivie d'une seconde réunion, officielle, entourée du tapage de la radio et de la presse, qui dura 19 jours (à Pékin, du 15 juillet au 2 août 1957).

Xinhua (l'agence Chine Nouvelle), de Pékin, donnera les comptes rendus officiels dont nous reproduisons ici les passages les plus intéressants.

"Le 15 juillet 1957 au matin (74) s'est ouverte à Pékin une Conférence nationale des dirigeants catholiques chinois afin de fonder une organisation patriotique de masse pour tous les catholiques du pays. Cette Conférence examinera les activités des catholiques au cours de ces dernières années et discutera des tâches à accomplir à l'avenir.

Son Exc. Mgr Ignace Pi Shushi, archevêque de Shengyang (Manchourie), un certain nombre d'évêques, notamment S. Exc. Mgr François-Xavier Zhao, S.J. et S. Exc. Mgr Paul Wang, des vicaires généraux, des administrateurs diocésains, des préfets apostoliques, des prêtres, des religieuses et des laïcs, au total 241 délégués, provenant de 100 diocèses, représentent plus de 3 millions de catholiques.

Son Exc. Mgr Paul Wang, 77 ans, évêque du diocèse de Nanchong (Sichuan), depuis 1930, a prononcé le discours d'ouverture. Cette Conférence - a-t-il dit - montre le nouvel esprit d'unité et patriotisme des catholiques de cette nation.

Son Exc. Mgr Louis Li (évêque de Zhouzhi), de la province du Shaanxi, a présenté un rapport sur les activités patriotiques des catholiques et a lancé à tous un appel à servir les intérêts collectifs du peuple dans l'esprit de Jésus-Christ. L'évêque a en outre déclaré que plus de 200 associations patriotiques locales ont été fondées depuis que le mouvement patriotique a été lancé parmi les catholiques en 1950. Il a encore ajouté que la Conférence en cours a exigé plus d'un an de préparation et qu'elle répondait à un vaste mouvement en faveur d'une organisation patriotique nationale, mouvement qui n'a cessé de croître depuis la réunion du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (75), à laquelle avaient participé des évêques, des prêtres et d'autres délégués catholiques

Le lendemain, une autre dépêche de Xinhua (76) informe que les délégués catholiques "proviennent de 108 diocèses répartis dans 26 provinces, y compris les régions autonomes et les municipalités spéciales. 241 délégués - évêques, prêtres, laïcs - représentant plus de 3 millions de catholiques se sont réunis à Pékin avec la tâche particulière de créer l'Association nationale patriotique des catholiques de Chine

Cette dépêche cite des extraits du discours de Mgr Paul Wang : "La consistance du système socialiste - disait l'évêque - réside dans l'élimination de l'exploitation et de la pauvreté, et dans la conduite du peuple dans sa marche sur la voie du bonheur et de la prospérité. Quand l'égalité, l'aide réciproque, l'unité et la fraternité seront établies entre les hommes, le niveau moral s'élèvera toujours plus et le coeur de l'homme se tournera vers le bien. Tout ceci est parfaitement et totalement en conformité avec l'esprit de justice et de fraternité de notre religion catholique. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de soutenir énergiquement le socialisme, de participer activement à la construction socialiste et de suivre résolument et définitivement la voie socialiste

Durant la Conférence, deux discours particulièrement importants sont prononcés. Le premier est constitué par le long "rapport" lu par l'évêque de Zhouzhi, Louis Li Boyu, dans lequel le prélat, au nom du bureau préparatoire de l'Association patriotique, parle des "conditions actuelles et des tâches futures du mouvement patriotique des catholiques de Chine" (77).

Le second est le discours prononcé en clôture des travaux par l'archevêque de Shenyang, Mgr Ignace Pi Shushi, dans lequel se trouvent exposées des positions extrêmement fortes:

"La Conférence a défini clairement les rapports entre l'Eglise catholique de Chine et le Saint-Siège de Rome. Au cours des discussions, tous les délégués ont reconnu que notre Eglise de Chine doit conserver l'esprit de notre sainte Eglise catholique. Pour ce qui a trait aux doctrines religieuses à croire et aux règlements ecclésiastiques à observer, nous devons obéir au pape de Rome. Il n'y a aucun doute sur ce point.

Mais nous voyons clairement aussi que le Saint-Siège de Rome est toujours hostile à la nouvelle Chine. Le Saint-Siège utilise le catholicisme pour servir les agressions du colonialisme et de l'impérialisme américain. Le Saint-Siège se sert de ses pouvoirs religieux pour inciter les prêtres et les fidèles chinois à s'opposer à leur propre patrie. Or ceci est une chose qu'aucun prêtre ou fidèle patriotique ne peut tolérer. Nous avons critiqué l'opinion selon laquelle l'opposition à la politique réactionnaire du Saint-Siège de Rome est une action "schismatique". Nous avons également critiqué les déclarations qui soutiennent et défendent la politique réactionnaire du Saint-Siège de Rome.

Récemment, la congrégation de la Propagation de la foi a envoyé une lettre réactionnaire (78) au Rév. P. Xu Yyanyong (alias Ignace Zi), du diocèse de Shanghai où la Propagande refuse de reconnaître le P. Zhang Shilang comme vicaire capitulaire légitime du diocèse de Shanghai, et un décret qui confère des "pouvoirs spéciaux" à ceux qu'il qualifie de fidèles qui sont "en paix et en communion" avec le Saint-Siège de Rome.

A l'unanimité, les délégués ont montré et souligné que c'est une des méthodes de conspiration politique à travers lesquelles le Saint-Siège de Rome, sous couvert de religion, attaque les prêtres et les fidèles patriotiques de Chine et sabote le mouvement anti-impérialiste et patriotique. Il s'agit clairement ici d'une question politique et non pas d'une question religieuse. Pour ce motif, nous avons été unanimes à nous opposer à ces mesures du Saint-Siège de Rome et à adopter une protestation qui signifie de notre part le plein appui au vicaire capitulaire Zhang Shilang

Se référant à un communiqué de l'agence Fides (79), l'archevêque affirme que "tous les délégués ont unanimement manifesté leur indignation contre le complot à travers lequel l'agence du Saint-Siège tente de miner notre Association patriotique. Ils s'opposent résolument à ce complot réactionnaire par lequel le Saint-Siège de Rome tend à inciter les prêtres et les fidèles chinois à trahir leur patrie et à nous imposer d'être des "martyrs qui témoignent en versant leur sang" (80). Tous les délégués sont tombés d'accord pour dire que le Saint-Siège de Rome prononce des "excommunications" irraisonnées contre les prêtres et les fidèles qui adhèrent à l'Association patriotique... Nous considérons ces excommunications comme étant réactionnaires, illégales, sans effet et absolument inacceptables".

L'archevêque poursuit en affirmant que "nous avons ainsi pu voir clairement le visage réactionnaire de la politique du Saint-Siège de Rome [...]. C'est pourquoi nous avons décidé de tracer une ligne bien nette de démarcation politique entre nous (chrétiens de Chine) et le Saint-Siège de Rome".

En réalité, ces mêmes paroles de l'archevêque de Shenyang font clairement comprendre que cette unanimité de jugement, et encore plus la volonté de condamner le Saint-Siège, n'existait pas ou avait été tout simplement obtenue en imposant le silence à toute manifestation d'une opinion qui se serait éloignée de la ligne officielle.

Un évêque non officiel que j'ai interviewé personnellement en Chine, en 1993, déclare: "Le gouvernement voulait que nous fondions une Association patriotique qui exprime la solidarité des catholiques avec le pouvoir. Nous, évêques, et avec nous un bon groupe d'administrateurs diocésains, étions préoccupés par l'éventualité de voir l'association se transformer en un second temps en un mouvement d'indépendance capable de sanctionner le détachement de l'Eglise de Chine par rapport au Saint-Siège. En somme, nous voulions des garanties précises.

Vers la fin du mois de juillet, les représentants du gouvernement nous dirent qu'ils étaient en mesure de nous fournir les garanties que nous demandions. Ils avaient parlé avec les plus hauts responsables - disaient-ils - et tous étaient d'accord pour n'établir aucun lien entre la nouvelle association et le mouvement d'indépendance de l'Eglise. Ils nous dirent qu'il s'agissait simplement d'une assurance verbale, mais que nous pouvions avoir confiance. Nous le fîmes. Le lendemain - c'était le 3 août 1957 - le Quotidien du Peuple publiait un article de l'agence Chine Nouvelle en première page louant les catholiques progressistes qui avaient voulu fonder l'Association patriotique "pour construire une Eglise catholique indépendante et autonome!" Nous nous sentîmes humiliés et trahis. Dans la grande salle de l'hôtel de Pékin, où pendant des jours et des jours nous nous étions réunis, nous fûmes plusieurs à vouloir protester. Mais la parole ne nous fut plus donnée" (81).

C'est sans doute dans ce "climat" que l'archevêque Pi dit encore dans son discours final que "la Conférence a reconnu que l'Eglise catholique de Chine doit marcher sur la voie de l'indépendance et de la liberté, et assurer elle-même, par le biais des prêtres et des fidèles de Chine, l'autonomie administrative de ses propres affaires

Les statuts et l'organisation de l'Association patriotique

La Conférence approuva aussi - peut-être à l'unanimité - les statuts de l'Association, qui furent publiés à Shanghai (82). Sur les 12 articles, le n° 3 parle d'un organisme qui ouvrira la route, ce qui, quatre décennies plus tard, revêt une importance tout à fait particulière et périlleuse puisqu'il est inclus dans les statuts du Collège des évêques de Chine, décrit comme l'"organe suprême" de l'Eglise, sous le nom de Conférence nationale des représentants catholiques.

En attendant, les 241 délégués catholiques élirent un Comité national composé de 150 membres qui, à leur tour, choisirent entre eux un groupe de 50 personnes pour former un Comité permanent, au sommet duquel furent placés un président - Mgr Ignace Pi Shushi - huit vice-présidents, un secrétaire général et trois vice-secrétaires.

Le premier des vice-présidents était le docteur Jean-Baptiste Yang Shida, numéro deux de la seconde école de médecine, de Shanghai. Sur les 7 autres, trois étaient prêtres. Ils seront ordonnés évêques de façon illicite par la suite. Un des vice-secrétaires - Yang Gaojian - sera lui aussi ordonné évêque de manière illicite.

Notes

N O T E S<br />(1)Cf. les statuts de l'APC et du Collège des évêques catholiques chinois, in Asia News, supplément "Cina Oggi", du 15.2.1993, p. 2931 (l'art. 4 des statuts des évêques et l'art. 3 des statuts de l'APC).<br />(2)Cf. Asia News, supplément "Cina Oggi", n. 20, du 15.2.1993.<br />(3)Ibid., art. 4 des statuts des évêques et art. 3 des statuts de l'APC.<br />(4)Ibid., p. 31.<br />(5)Annuaire de l'église catholique en Chine 1949, Shanghai, 1949.<br />(6)Cf. plus avant<br />(7)Le P. Lazlo Ladany, S.J., a été l'un des spécialistes les plus attentifs de la situation chinoise. Son travail a permis de recueillir une imposante masse de coupures de la presse chinoise concernant l'Eglise (des années 50 à la fin des années 70). Cette collection remplit quatre grands classeurs pour un total de plus de mille pages.<br />(8)Asia News, dans le supplément "Cina Oggi", en a publié une traduction italienne due au P. Domenico Maringelli, Pime. Cf. n 14 (Septembre 1991), 16 (février 1992) et 17 (avril 1992) de "Cina Oggi", Milano.<br />(9)Qing Luli, par. 8, Wenyuan Shanfang, Shanghai, 1908, p. 1218.<br />(10)De Qing Huidian Shili, Commercial Press, Shanghai, 1909, p. 4.<br />(11)De Qing Luli, par. 8, p. 13.<br />(12)C. K. Yang, Religion in Chinese Society, University of California Press, Los Angeles, 1961, p. 189.<br />(13)Cette sanction particulière a été interprétée et amplement commentée in : Chen Huan, A Research on the New Taoïst Religion in Hebei during the Early Southern Sung Period, Beijing, 1941.<br />(14)De Qing Luli, par. 16, p. 8.<br />(15)Ibidem, par. 23, p. 6.<br />(16)C. K. Yang, op. cit., p. 211.<br />(17)Op. cit., p. 211.<br />(19)Yang op. cit, p. 380.<br />(20)Yang, ibid.<br />(21)F. Demarchi, à "Sun Yatsen", in La Cina Contemporanea, ed. Paoline, Roma, 1979.<br />(22)Paul Tillich, Dynamics of Faith, New York, 1957, p. 122.<br />(23)Yang, Op. Cit. , p. 386.<br />(24)Voir surtout le Document n° 19 de 1982 (sur "La politique de base et la position que notre pays doit adopter envers le problème religieux durant cette période de socialisme", in Asia News, supplément "Cina Oggi", n 5,(décembre 1989, p. 84) et dans des documents plus récents.<br />(25)Jiaoyu Pinglun (Revue d'éducation), octobre 1924, p. 471472.<br />(26)Voir par exemple Religion in China. 100 Questions and Answers, New Star Publishers, Beijing 1991, p. 27, à la question n° 22. Ce petit ouvrage de 137 pages, édité par la Beiging Review est nettement orienté vers la diffusion à l'étranger et nuance beaucoup d'affirmations bien plus précises contenues dans des documents en langue chinoise écrites durant la même période.<br />(27)C.K. Yang, op. cit., p. 387.<br />(28)La source principale de ces informations est Léon Trivière, L'Eglise Catholique en Chine Continentale, in Bulletin de la Société des Missions Etrangères de Paris (BMEP), n° 106, octobre 1957, p. 809 ss.<br />(29)Agence Chine Nouvelle (ACN), Pékin, dépêche du 17 mai 1953.<br />(30)ACN, Pékin, dépêche du 8 juin 1953.<br />(31)ACN, Pékin, dépêche du 6 août 1954.<br />(32)ACN, Pékin, dépêche du 12 avril 1957.<br />(33)L. Wei, Le SaintSiège et la Chine, Allais, Paris, 1968, p. 216 ss.<br />(34)J. Myers, Nemici senza fucile, Jaca Bock, Milano, 1994, p. 111.<br />(35)Voir surtout la lettre pastorale Ecce Dominus, du 18 décembre 1950.<br />(36)Cf. Asia News, supplément "Cina Oggi", n° 6 du 1er mars 1990, p. 105, pour une traduction italienne.<br />(37)L'encyclique porte la date du 7 octobre 1954. Cf. Acta Apostolicae Sedis, tome 47, 1955, p. 514. Pie XII s'était déjà adressé à l'Eglise en Chine par la lettre apostolique Cupimus in primis, du 18 janvier 1952. Il écrira une troisième encyclique, Ad Apostolorum Principis, qui porte la date du 29 juin 1958. Les trois encycliques affrontent avec précision les problèmes que l'Eglise en Chine était en train de vivre, mais la précision de l'intervention du pape provoqua précisément des réactions officielles très fortes contre le Siège Apostolique.<br />(38)Cf. CMB, p. 174, 266267, 273276, 276277, 356360, 361 (Henan), 363 (Sichnan), 364 (Hunan), 532 (Jiangxi), etc...<br />(39)La sentence d'excommunication fut publiée par l'Osservatore Romano du 7 mars 1955. La peine canonique était toutefois motivée par la prise de position publique de Li Weiguang contre l'internonce apostolique, Mgr Antonio Riberi.<br />(40)Le Conseil d'Etat correspond au Bureau du président du conseil des ministres.<br />(41)Cf. Xin Ge, Shanghai, 3 juin 1957.<br />(42)Mgr Ignace Gong sera créé cardinal par JeanPaul II lors du consistoire public de juin 1991. Le pape l'avait déjà inclus "in pectore" dans la liste des membres du Sacré Collège en 1979.<br />(43)Le cas de Mgr Gong fit beaucoup de bruit et rencontra un grand écho non seulement en Chine mais aussi à l'étranger. Au cours des mois qui précédèrent son arrestation et ensuite, jusqu'à sa condamnation à perpétuité, en 1960, une vaste campagne de presse fut montée contre lui, avec le consensus de nombreuses figures catholiques que l'on "convainquit" de prêter leur collaboration. L'acharnement extraordinaire de Pékin contre Mgr Gong s'explique par sa notoriété dans les milieux universitaires de Shanghai et la vaste influence qu'il exerçait sur la jeunesse. Pendant de longues années, avant de devenir évêque, le P. Gong avait travaillé dans les milieux universitaires comme professeur et animateur spirituel.<br />En 1953, une délégation de jeunes alla rencontrer l'évêque. L'un d'eux s'exprima ainsi au nom de tous : "Nous portons avec fierté l'espérance de l'Eglise. Et vous, notre pasteur, vous êtes la terre ferme où l'arbre solide de notre foi plonge ses racines (...). Dans les ténèbres qui nous entourent, vous brillez comme une étoile et vous nous guidez, nous et la Chine, vers la Vérité et le Bonheur... Dans la lutte, Dieu nous a purifiés comme on purifie l'argent. En ce moment, notre vie a abandonné le royaume d'Hérode pour s'établir à Nazareth où elle prend toute sa valeur en suivant les indications du TrèsHaut.<br />Dieu ne se complaît pas dans l'agonie d'une profonde tristesse. Il aime simplement ceux qui l'aiment et acceptent sa volonté. Si c'est Sa volonté que nous Lui rendions gloire par notre sang, nous ne nous déroberons certes pas, nous le donnerons jusqu'à la dernière goutte. Si, en revanche, il veut que nous lui rendions gloire à travers une vie ordinaire, nous vivrons en toute fidélité. Foi et amour, dans le silence, dans l'action et dans la lutte, sont les deux aspects pour lesquels la vie du Christ a plu au Père.<br />Nous sommes inséparablement unis comme frères... La lutte de l'année dernière (la grave crise survenue lorsque le gouvernement persécuta tous les membres de la Légion de Marie, ndr) nous a obtenu une paix dont nous jouissons à l'aube de l'année nouvelle. Quand un jeune entrevoit un grand idéal et est animé par l'amour, c'est de la Croix qu'il devra se nourrir..." (China Missionary Bulletin, mai 1953, p. 442444, passim).<br />Bon nombre de ces jeunes deviendront des victimes du régime et languiront pendant des dizaines d'années dans les goulags chinois.<br />(44)Informations privées du P. L. Trivière du 4 février 1957.<br />(45)Ce rapport a été publié dans le périodique Guang Yang, Tianjin, n° 122 du ler septembre 1956, p. 45. L'auteur est le P. Li Debei qui deviendra par la suite évêque illégitime de la ville.<br />(46)Cf. Guang Yang, n 122, Tianjin, ler septembre 1956, p. 45.<br />(47)Ibidem .<br />(48)"Message" des Promoteurs de l'Association patriotique des catholiques chinois, in He Ping, Fuzhou (Fujian), n 1, du 29 janvier 1957.<br />(49)Bulletin des Missions Etrangères de Paris, n° 106, octobre 1957, p. 823.<br />(50)Cité in Bulletin des Missions Etrangères de Paris, n° 106, octobre 1957, p. 25.<br />(51)Il s'agit de l'évêque de Nanchong (Sichuan), Mgr Paul Wang Wencheng, né en 1881 et donc âgé de 75 ans.<br />(52)L'auteur de la lettre se trompe : les promoteurs sont 37, y compris le P. Zhang Shilang.<br />(53)En juillet 1955, 3 142 missionnaires avaient été expulsés de Chine, auxquels il faut ajouter ceux qui avaient dû quitter le pays avant 1951. En novembre de la même année, il ne restait en Chine que 37 missionnaires étrangers (2 évêques, 20 prêtres et 15 religieuses).<br />(54)History of the Chinese Communist Party (19191990), Foreign Languages Press, Beijing, 1991, p. 262.<br />(55)Mao Zedong, Speech at the CCP Conference on Propaganda Work, Foreign Languages Press, Pékin, 1966.<br />(56)Bob White, Unfinished Encounter, Collins, London, 1998, p. 255 ss.<br />(57)History of the Chinese Communist Party (1919-1990), Foreign Languages Press, Beijing, 1991, p. 263.<br />(58)Ibidem, Directive on Organizing Forces to Repulse the Rightists Attacks, p. 265.<br />(59)Ibidem, The situation in the Summer of 1957, p. 265.<br />(60)Cf. Xin Ge, Shanghai, 3 mars 1957 ; Guang Yang, Tianjin, n° 135, 16 mars 1957, p. 4-5 ; He Ping, Fuzhou, n° 2, 16 mars 1957.<br />(61)Les choses ne se sont pas passées d'une manière aussi évidente. Ceux qui ont survécu à cette période ont apporté durant ces dernières années de nombreux témoignages qui attestent du "climat" violent de ces rencontres, toujours dominées par la présence de fonctionnaires du parti et par les "collaborateurs" qui leur étaient le plus attachés. Dans bien des cas qui ont pu être vérifiés, les conclusions dont on a affirmé qu'elles avaient été prises à l'unanimité ne l'ont pas été. Ce qui conduit à juste titre à mettre en doute les autres, où aucune vérification n'a été possible.<br />(62)Léon Trivière, l'Eglise catholique en Chine, in Bulletin des Missions Etrangères de Paris, février 1958, p. 137.<br />(63)Les charges à l'intérieur du bureau préparatoire de l'Association patriotique étaient occupées par Mgr Wang Wencheng, évêque de Nanchong, directeur, et par Mgr Yi Xuanhua, évêque de Xiangfa, et Mgr Li Boyu, évêque de Zhouzhi, vice-directeurs.<br />(64)Cf. Xin Ge, Shangai, 3 mars 1957 ; Guang Yang, Tianjin, n° 135, 16 mars 1957, p. 4-5 ; He Ping, Fuzhou, n° 2, 16 mars 1957.<br />(65)Cf. p. 26.<br />(66)Ce discours, prononcé par Mao Zedong le 27 février 1957, est publié dans le Quotidien du Peuple en plusieurs parties. La première, de laquelle est extrait le passage cité, parut le 19 juin 1957.<br />(67)Quotidien du Peuple, Pékin, 25 mars 1957.<br />(68)Bulletin des Missions Etrangères de Paris, mars 1958, p. 229.<br />(69)Cité in Bulletin des Missions Etrangères de Paris, février 1958, p. 141.<br />(70)Cf. Wei Huai Bao, 25 mai 1978.<br />(71)Cités in Bulletin des Missions Etrangères de Paris, avril 1958, p. 317-341.<br />(72)Guang Yang, Tianjin, n° 140, 1er juin 1957, p. 30.<br />(73)Bulletin des Missions Etrangères de Paris, mai 1958, p. 391.<br />(74)Xinhua, Pékin, 15 juillet 1957.<br />(75)Qui s'est déroulée à Pékin, du 30 janvier au 8 février 1956.<br />(76)Xinhua, Pékin, 16 juillet 1957.<br />(77)Cf. Bulletin des Missions Etrangères de Paris, juin 1958, p. 479-497, L. Trivière reprend et traduit le texte publié intégralement en chinois par Xin Ge, Shanghai, 9 août 1957.<br />(78)Cf. Le Décret du 1er mars 1957, dans lequel la Propagande déclarait que les trois sièges épiscopaux de Shanghai, Suzhou et Nankin n'avaient - en liberté - aucun ordinaire légitime, conférant donc des "facultés spéciales" aux prêtres "en paix et en communion" avec le Saint-Siège.<br />(79)Fides, en date du 13 juillet 1957, titrait ainsi une de ses dépêches : "Mise en garde des catholiques chinois contre les Associations catholiques dites patriotiques".<br />(80)Ce passage fait allusion à un communiqué de l'agence Fides du 18 mai 1957, provenant de son bureau de Hong Kong : "... Les prêtres et les fidèles chinois devront choisir entre la fidélité à l'Eglise et ce qui est appelé de façon hypocrite "patriotisme". Une alternative douloureuse. Le martyre du sang semblera préférable à beaucoup...".<br />(81)G. Politi, Cattolici in Cina, in Mondo e Missione, décembre 1995, p. 36-37.<br />(82)Cf. Xin Ge, du 9 août 1957. Voir une traduction in Bulletin des Missions Etrangères de Paris, juillet 1958, p. 589.<br />

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